Fausses prémisses économiques pour un développement sans avenir

PAR JOSE M. BAKIMA DMV, MSc, PhD

Depuis plus d’un siècle, le Congo est présenté comme un pays riche.

Riche en cuivre.

Riche en cobalt.

Riche en coltan.

Riche en or.

Riche en diamants.

Riche en pétrole.

Riche en forêts.

Riche en eau.

Riche en biodiversité.

Et pourtant, malgré cette abondance, la question demeure :

Pourquoi cette richesse n’a-t-elle pas produit le développement attendu ?

La réponse habituelle invoque la corruption, la mauvaise gouvernance ou l’instabilité politique.

Ces facteurs existent.

Mais ils ne suffisent pas à expliquer le problème.

Car une question plus fondamentale demeure rarement posée :

Et si la définition même du développement était erronée ?

Pendant des décennies, le développement a été pensé principalement comme une augmentation de l’extraction.

Extraire davantage de minerais.

Couper davantage de bois.

Exporter davantage de matières premières.

Creuser davantage de mines.

Consommer davantage de ressources.

Cette logique repose sur une prémisse implicite : ce qui est extrait est considéré comme une richesse créée.

Or cette prémisse est souvent fausse.

Lorsqu’une forêt vieille de plusieurs siècles est abattue, a-t-on créé une richesse ou détruit-on un patrimoine ? Lorsqu’un gisement non renouvelable est épuisé, a-t-on créé une richesse ou consommé un capital hérité ? Lorsqu’un sol fertile est dégradé, a-t-on développé le pays ou amputé ses capacités futures ?

Ces questions sont rarement posées.

Pourtant elles sont essentielles.

La comptabilité économique classique enregistre souvent comme richesse ce qui constitue parfois une liquidation d’actifs naturels accumulés pendant des milliers ou des millions d’années.

Un gisement minier n’est pas une production humaine.

Une forêt tropicale n’est pas une production humaine.

Un bassin hydrologique n’est pas une production humaine.

Ce sont des patrimoines reçus.

Les extraire n’est pas automatiquement créer.

C’est souvent convertir un patrimoine naturel en revenu immédiat.

La confusion entre revenu et patrimoine constitue probablement l’une des plus grandes erreurs économiques contemporaines. Une famille qui vend chaque année une partie de sa maison pour financer ses dépenses courantes ne s’enrichit pas. Elle s’appauvrit progressivement. Un pays qui finance son développement principalement par la liquidation de son patrimoine naturel suit souvent la même trajectoire.

La République Démocratique du Congo est aujourd’hui confrontée à cette question historique.

Le pays possède certains des plus importants patrimoines naturels de la planète.

Le bassin du Congo.

La deuxième forêt tropicale du monde.

Des réserves minérales stratégiques.

Des ressources hydriques exceptionnelles.

Une biodiversité unique.

La véritable richesse du Congo ne réside donc pas uniquement dans ce qu’il peut extraire.

Elle réside dans ce qu’il peut transmettre.

Cette distinction change tout.

Car le développement cesse alors d’être défini comme une simple augmentation de la production.

Il devient un accroissement de la capacité de transmission.

Une société se développe lorsqu’elle transmet aux générations suivantes :

des sols plus fertiles ;

des institutions plus solides ;

des connaissances plus riches ;

une population mieux formée ;

des infrastructures plus efficaces ;

des écosystèmes mieux préservés ;

une souveraineté renforcée.

Le véritable développement ne consiste pas à consommer l’avenir. Il consiste à l’élargir.

Le critère fondamental devient alors simple :

Les générations futures disposeront-elles de davantage de possibilités grâce à nos décisions présentes ?

Si la réponse est oui, nous sommes probablement dans le développement.

Si la réponse est non, nous sommes peut-être simplement dans la consommation accélérée du patrimoine national.

Cette distinction est décisive pour le Congo.

Le pays ne peut plus se contenter d’être un territoire d’extraction.

Il doit devenir un territoire de transformation.

Transformer les ressources.

Transformer les connaissances.

Transformer les institutions.

Transformer le patrimoine en capacités durables.

Car la richesse la plus importante d’une Nation n’est pas ce qu’elle extrait.

C’est ce qu’elle transmet.

Le XXIe siècle impose donc une nouvelle définition du développement.

Le développement n’est pas l’accumulation.

Le développement n’est pas la consommation.

Le développement n’est pas la croissance pour elle-même.

Le développement est l’accroissement durable de la capacité d’une société à préserver, enrichir et transmettre les conditions de la vie. Une Nation ne devient véritablement prospère que lorsqu’elle transmet davantage qu’elle n’a reçu. C’est probablement là le défi historique du Congo.

Passer d’une économie de liquidation du patrimoine à une économie de continuité.

Passer du tout extractif à la régénération.

Passer de la prédation à la transmission.

Passer du court terme au temps long.

Car la question fondamentale n’est pas :

« Combien avons-nous extrait ? »

La question fondamentale est :

« Que restera-t-il après nous ? »

Et c’est peut-être à cette seule question que se mesure finalement le véritable développement.

By amedee

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *