À travers l’Afrique de l’Est et australe, peu de secteurs offrent un potentiel aussi important pour créer des emplois à grande échelle que l’agro-industrie. Dans presque toutes mes conversations — avec des responsables publics, des agriculteurs, des entrepreneurs ou des jeunes — la question de l’emploi finit par s’imposer. Et de plus en plus souvent, l’agro-industrie apparaît comme une réponse incontournable. De l’Éthiopie au Mozambique, les gouvernements considèrent désormais l’agriculture non seulement comme une source d’alimentation, mais aussi comme un moteur d’investissement privé, de commerce régional et de création d’emplois. Le lancement récent du Pacte AgriConnect de l’Angola montre comment cette ambition commence à se concrétiser.
Le marché alimentaire africain devrait atteindre 1 000 milliards de dollars d’ici 2030, porté par la croissance démographique la plus rapide au monde, la hausse des dépenses de consommation et une demande mondiale de produits alimentaires en constante augmentation. En améliorant les rendements agricoles et en développant des chaînes de valeur capables de répondre à cette demande, les pays africains ont l’opportunité de créer des millions d’emplois sur leur territoire.
Aujourd’hui, l’Afrique dépense près de 65 milliards de dollars par an pour importer des produits alimentaires. Pourtant, les agriculteurs africains produisent en moyenne un tiers de ce que produisent leurs homologues asiatiques et à peine un dixième des niveaux observés dans les pays de l’OCDE. Le continent échange également très peu avec lui-même. Cette situation s’explique à la fois par une production insuffisante au regard des besoins locaux et par le coût élevé du commerce régional. Les déclarations de Malabo et de Kampala ont fixé des objectifs ambitieux visant à tripler les échanges intra-africains de produits et d’intrants agricoles. Elles reconnaissent ainsi qu’une intégration régionale plus poussée constitue l’un des leviers les plus sous-exploités pour créer des emplois à grande échelle. Cet objectif est à portée de main, mais il suppose une hausse significative de la productivité agricole sur l’ensemble du continent.
Notre initiative mondiale AgriConnect a été créée pour aider les pays à exploiter pleinement le potentiel de leurs chaînes de valeur agroalimentaires, afin de créer des emplois tout en répondant à une demande alimentaire croissante. Elle rassemble gouvernements, partenaires de développement, secteur privé et bailleurs de fonds autour d’un objectif commun : faire du potentiel agricole de l’Afrique un puissant moteur de croissance et d’emploi. L’Angola vient de franchir une étape importante dans cette agriconn
Soutenue par le Groupe de la Banque mondiale et une vaste coalition de partenaires, AgriConnect aide les pays à lever les obstacles qui freinent la productivité agricole et l’investissement privé. L’initiative favorise également le développement des infrastructures d’irrigation, des technologies, des financements et des partenariats nécessaires pour produire un impact à grande échelle. Le Groupe de la Banque mondiale s’est engagé à contribuer à la transformation des systèmes agricoles de 300 millions de petits exploitants dans le monde, et plusieurs pays africains élaborent actuellement des pactes AgriConnect pour traduire cette ambition en actions concrètes.
Le Pacte de l’Angola : pourquoi est-il important ?
En Angola, ce pacte a été élaboré par le gouvernement en partenariat avec des banques multilatérales de développement, des institutions financières internationales, des partenaires du développement, des organisations de producteurs et des acteurs du secteur privé. Couvrant la période 2026-2030, il vise à transformer le secteur agroalimentaire du pays en mobilisant davantage d’investissements privés, en réduisant la dépendance aux importations alimentaires et en créant massivement des emplois en milieu rural.
D’ici 2030, le programme ambitionne de créer jusqu’à 700 000 emplois, de générer jusqu’à 2,2 milliards de dollars de valeur ajoutée par an et de mobiliser jusqu’à 1,45 milliard de dollars de financements publics et privés. Au-delà de ses retombées économiques, il vise aussi à réduire sensiblement le retard de croissance chez les enfants et à diminuer la facture alimentaire du pays, avec des bénéfices potentiels pour près de 7,9 millions de personnes.
Le programme se concentre sur les corridors de Lobito et de Malanje. Il cible cinq grandes filières : les cultures vivrières — céréales, racines et tubercules —, le café, les fruits tropicaux tels que la banane, la mangue et l’avocat, l’élevage, ainsi que la foresterie commerciale fondée notamment sur l’eucalyptus. Ensemble, ces filières constituent l’épine dorsale de l’économie agricole angolaise, depuis les petites exploitations familiales jusqu’aux productions destinées à l’exportation.
Ce qui distingue l’approche angolaise, c’est sa vision systémique de la chaîne de valeur. La production, la transformation, le stockage, la logistique et l’accès aux marchés sont pensés comme les composantes d’un même ensemble. Cette approche permet de créer des emplois à chaque étape : dans les exploitations agricoles, les unités de transformation, les infrastructures de stockage frigorifique ou encore tout au long de la chaîne d’approvisionnement jusqu’au consommateur final. Dans le cadre du Pacte, le gouvernement s’est également engagé à mettre en œuvre des réformes afin d’améliorer l’environnement des affaires et de favoriser les investissements privés dans ces filières.
Dans le corridor de Lobito, par exemple, les producteurs de café et de fruits des provinces de Huambo et Bié seront reliés à de nouvelles installations de séchage, de torréfaction et de conditionnement. Les produits pourront ensuite être acheminés par le chemin de fer de Benguela jusqu’au port de Lobito, avant d’accéder aux marchés régionaux et internationaux. L’idée est simple : aucun investissement ne produit pleinement ses effets isolément. Lorsqu’elles sont reliées entre elles, les infrastructures de transport deviennent de véritables corridors de développement économique.
De l’Angola au reste du continent
Le lancement du Pacte de l’Angola est particulièrement encourageant. Il témoigne de l’importance croissante accordée à l’agro-industrie dans les stratégies de développement du continent. L’Éthiopie, le Kenya, le Rwanda, le Mozambique, la Tanzanie et l’Ouganda travaillent déjà activement à l’élaboration de leurs propres pactes AgriConnect, et d’autres pays devraient bientôt leur emboîter le pas.
Le moment est particulièrement bien choisi. Dans toute l’Afrique de l’Est et australe, la demande alimentaire progresse rapidement et l’intégration régionale ouvre de nouvelles perspectives. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est en train de transformer l’économie du secteur agroalimentaire à l’échelle du continent en réduisant les barrières commerciales, en élargissant les marchés et en favorisant l’émergence de chaînes de valeur transfrontalières capables de créer des emplois à chaque maillon. Pour les entreprises agroalimentaires et les investisseurs, les opportunités sont considérables.
La fenêtre d’opportunité est ouverte, les outils sont en place et la dynamique est réelle. L’agro-industrie représente aujourd’hui l’une des plus grandes opportunités de croissance et de création d’emplois pour l’Afrique. Le Groupe de la Banque mondiale est déterminé à accompagner les pays de la région afin qu’ils puissent pleinement la saisir.
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