Le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, lors d’un Briefing Presse Spécial co-animé le jeudi 22 octobre avec le porte-parole du Gouvernement Patrick Muyaya, a dressé un tableau sombre de la situation carcérale en République démocratique du Congo et annoncé des mesures correctives.

Le pays dispose de 214 prisons réparties sur l’ensemble du territoire national mais seulement 116 d’entre elles bénéficient des subventions publiques. La population carcérale est évaluée à Plus de 52.095  prisonniers dont 1476 femmes. Les prisons militaires regorgent 5.683 prisonniers militaires dont 827 femmes.

Cependant, les conditions de vie dans ces maisons d’arrêt sont déplorables. A la prison de Makala par exemple, conçue pour 2500 prisonniers, elle héberge actuellement 16.000 pénitenciers. Pire, cette prison fonctionne avec un budget conçu pour 8.000 personnes, soit la moitié de la population actuelle.

Dès lors, la prison centrale de Makala, à Kinshasa, ne devra plus accueillir de nouveaux détenus jusqu’à l’amélioration des conditions de détention, à l’exception des cas particuliers, a indiqué le Garde des Sceaux. «Nous avons décidé de ne pas accueillir de nouveaux prisonniers tant que la situation ne s’est pas encore améliorée», a-t-il lancé, précisant que  cette mesure d’urgence vise à faire face à la saturation des établissements pénitentiaires et à préserver la dignité des personnes privées de liberté, dans un contexte marqué par la promiscuité, l’insuffisance alimentaire et la propagation de plusieurs maladies.

Au plan national, sur les 52.095 détenus seulement 5.683 sont condamnés, soit moins de 11%. La majorité des autres personnes incarcérées sont des prévenus dont les dossiers sont encore en cours de traitement judiciaire.

Dès lors, pour désengorger les prisons, le ministre d’État a annoncé l’identification des détenus malades en vue d’évaluations médicales susceptibles de permettre leur libération pour des raisons humanitaires, dans le respect des procédures légales, évoquant l’accélération des procédures de mise en liberté provisoire, en collaboration avec les autorités judiciaires compétentes. «Ces mesures visent notamment à réduire la pression sur les infrastructures pénitentiaires, tout en tenant compte de la situation judiciaire et médicale des personnes concernées», a déclaré Guillaume Ngefa.

«Dans la province du Kongo Central, les prisons de Matadi et de Mbanza-Ngungu sont également confrontées à une surpopulation préoccupante. Certains établissements conçus pour accueillir 500 personnes hébergent jusqu’à 800 détenus», a-t-il fait savoir.

Le ministre Ngefa a plaidé pour une réforme de la politique pénitentiaire nationale, estimant que la prison ne devait pas être uniquement un lieu de punition, mais également un espace de rééducation et de préparation à la réinsertion sociale.

Dans cette perspective de changement de doctrine sur la conception de la prison, il préconise une collaboration avec le Service national afin de permettre à certains détenus d’acquérir des compétences professionnelles susceptibles de faciliter leur réintégration dans la société après leur libération, tout en préconisant un recours accru aux mesures alternatives à l’emprisonnement pour les infractions de faible gravité, en tenant compte de la nature des faits reprochés et de la dangerosité éventuelle des personnes concernées.

Sur les moyens alloués au secteur de la Justice, Guillaume Ngefa a déploré la faiblesse des moyens en sa disposition. Le ministère de la Justice bénéficie de 50 millions USD de frais de fonctionnements dont 25 millions USD sont engloutis déjà dans les frais opérationnels.

Dans ce tableau sombre de la vie carcérale en RDC, le ministre de la Justice a fait savoir que seule la prison de Luzumu, implantée dans le Kongo central, fait exception, opérant selon les critères acceptables. A la prison de Luzumu, les interventions des partenaires techniques de la RDC dont le PNUD ont permis d’améliorer les conditions de détention. Ici, la réinsertion socioprofessionnelle des détenus est effective notamment par la production agricole.

Dans cette maison d’arrêt, il y a des hangars abritant des ateliers de formation en coupe et couture, menuiserie et en pâtisserie et boulangerie. Ces formations visent à préparer les détenus à une réinsertion professionnelle après avoir purgé leurs peines. La ferme pénitentiaire de Luzumu comprend un champ de manioc, une porcherie et des étangs. Le projet de la ferme pénitentiaire contribue à l’amélioration de l’alimentation et les conditions de détention des détenus. C’est dans ce cadre, le PNUD a livré en 2023, deux tracteurs à la prison de Luzumu.

Le ministre Ngefa a par ailleurs annoncé que la première prison moderne construite par la RDC après l’indépendance sera celle de Bandanka dont la livraison est prévue pour 2027

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By amedee

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