Je ne suis pas contre l’impôt.

Je suis contre l’impôt qui arrive avant le revenu, avant l’infrastructure, avant l’investissement et avant l’accompagnement.

Le barème rendu public par les ministères de l’Économie numérique et des Finances prévoyait notamment :

— 2 000 dollars pour l’e-learning ;
— 3 000 dollars pour l’e-santé ;
— 3 000 dollars pour l’e-transport ;
— 5 000 dollars pour certains services liés à l’énergie ou à l’eau ;
— jusqu’à 2 000 dollars pour l’hébergement local d’applications, de sites internet ou de données.

Voilà donc la vision proposée à la jeunesse congolaise :

Un jeune apprend seul à développer une application.

Il économise difficilement 200 ou 300 dollars.

Il achète son ordinateur, paie l’électricité, loue parfois un espace de travail, achète des forfaits internet coûteux et travaille pendant des mois sans client, sans financement et sans garantie de rentabilité.

Mais avant même qu’il ne gagne son premier dollar, l’État lui présente déjà une autorisation de plusieurs milliers de dollars.

Ce n’est plus une fiscalité sur la richesse créée.

C’est un droit d’entrée imposé à celui qui essaie simplement de créer.

En RDC, le jeune entrepreneur numérique mène déjà plusieurs combats simultanément :

— trouver une connexion relativement stable ;
— acheter des forfaits internet qui expirent parfois avant d’avoir été correctement exploités ;
— contourner les coupures d’électricité ;
— accéder aux moyens de paiement internationaux ;
— héberger son site ou son application ;
— convaincre des clients qui ne comprennent pas toujours la valeur du numérique ;
— tenter de monétiser ses contenus dans un pays exclu de plusieurs programmes internationaux.

Selon les données de l’Union internationale des télécommunications, le panier mobile de 5 Go représentait encore 18,8 % du revenu national brut par habitant utilisé comme référence d’accessibilité en RDC en 2025. La connexion elle-même constitue donc déjà une barrière économique majeure.

Vous pouvez activer 100 Go chez Vodacom, Airtel ou Orange. Mais la véritable question n’est pas seulement la quantité affichée.

La question est celle-ci :

Avec quelle qualité de réseau, quelle stabilité et quelle vitesse réelle le jeune Congolais peut-il transformer ces gigaoctets en formation, en application, en entreprise et en revenu ?

Ailleurs, le numérique est considéré comme un travail.

Créer une plateforme, développer une application, vendre une formation en ligne, produire du contenu ou proposer un service technologique constitue une activité économique à accompagner.

En RDC, on laisse d’abord le jeune lutter seul.

Ensuite, lorsqu’il réussit à construire quelque chose, l’administration arrive pour lui demander de payer.

Face aux protestations, le Gouvernement a finalement décidé de surseoir à l’application de l’arrêté, tout en affirmant que les startups labellisées ainsi que certaines micro et petites entreprises formalisées ne seraient pas concernées.

Mais cette clarification soulève une autre question fondamentale :

Combien de jeunes développeurs congolais disposent réellement du label, de la formalisation, des documents, du temps et des relations administratives nécessaires pour accéder à ces exonérations ?

Une protection qui n’est accessible qu’aux structures déjà formalisées risque d’abandonner précisément ceux qui en ont le plus besoin : les jeunes qui commencent dans une chambre, un cybercafé, une université ou un petit bureau partagé.

Le Gouvernement ne doit donc pas seulement suspendre ce texte.

Il doit complètement revoir sa philosophie.

Nous avons besoin :

— d’une fiscalité basée sur le chiffre d’affaires réellement réalisé ;
— d’une exonération claire durant les premières années d’activité ;
— d’un fonds national de financement de l’innovation ;
— d’un accès moins coûteux à Internet ;
— de solutions locales d’hébergement et de paiement ;
— d’un accompagnement technique, juridique et commercial des jeunes entreprises.

On ne taxe pas une graine comme si elle était déjà devenue une forêt.

Un État responsable commence par créer les conditions de production, d’innovation et de rentabilité.

Ensuite seulement, il organise une contribution juste et proportionnelle.

Car lorsqu’un jeune qui ne possède même pas 300 dollars doit envisager une autorisation de 2 000 dollars pour lancer son activité, ce n’est plus l’entreprise qui est taxée.

C’est son ambition qui est condamnée.

Et un pays qui taxe l’ambition de sa jeunesse avant de financer son avenir ne récoltera ni startups, ni innovations, ni emplois.

Il ne récoltera que davantage de chômage, de découragement et d’exil des talents.

Taxons la richesse créée.
Ne taxons pas le courage d’essayer.

Coach Jimanel LWIGULIRA

By amedee

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