Présenté comme le projet phare du chef de l’État, le Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T) est aujourd’hui gravement compromis par ce qui s’apparente à un sabotage financier. En première ligne, le ministre des Finances, dont la gestion est pointée du doigt comme la principale cause du faible taux d’exécution observé sur le terrain.
Plus troublant encore, un scandale majeur éclate : le refus persistant de financer les systèmes de forage d’eau, pourtant indispensables au fonctionnement des infrastructures construites. Résultat : plus de 300 centres de santé achevés à travers le pays restent inutilisables, faute d’accès à l’eau potable. Une situation révoltante qui soulève de sérieuses questions sur les responsabilités et les choix opérés au sommet de l’État.Un programme ambitieux porté par plusieurs agences d’exécutionEn République démocratique du Congo, la mise en œuvre du Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T) repose sur trois principales agences d’exécution : le Bureau central de coordination (BCeCo), la Cellule d’exécution des financements en faveur des États fragiles (CFEF) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).Ces entités ont pour mission la réalisation des infrastructures de base, notamment les écoles, les centres de santé et les bâtiments administratifs.
Avancement malgré les difficultés
À la fin du mois de mars 2026, le programme a enregistré un total de 1 035 ouvrages achevés et réceptionnés, dont 619 écoles, 342 centres de santé et 74 bâtiments administratifs.Dans le détail, la CFEF a livré 386 ouvrages sur les 635 prévus, soit un taux d’exécution de 60,79 %, comprenant 233 écoles, 116 centres de santé et 37 bâtiments administratifs. De son côté, le BCeCo a réalisé 370 ouvrages sur 731, soit 50,62 %, dont 221 écoles, 132 centres de santé et 17 bâtiments administratifs. Quant au PNUD, il a achevé 279 ouvrages sur 764 prévus, soit un taux d’exécution de 36,62 %, incluant 165 écoles, 94 centres de santé et 20 bâtiments administratifs.
Des contraintes logistiques aggravées par un manque de financement
Projet phare du président de la République Félix Tshisekedi, le PDL-145T constitue la priorité des priorités pour Félix Antoine Tshisekedi.Malgré cela, les agences concernées par sa mise en œuvre font face à des contraintes importantes. Parmi celles-ci figurent notamment l’inaccessibilité de nombreux sites en raison du mauvais état des routes de desserte agricole, aggravé par les pluies saisonnières et l’effondrement de certains ouvrages de franchissement.Bien que les trois agences aient conduit des études de réhabilitation desdites routes depuis 2023, et que le dossier d’appel d’offres ait reçu la non-objection de la DGCMP, on constate avec regret que le ministre des Finances n’a jamais décaissé le financement nécessaire à ces travaux, malgré l’insistance du ministre d’État en charge du Plan.Cette situation remet en question l’atteinte des objectifs du PDL-145T, avec des ouvrages inachevés à la suite de la suspension, voire de l’arrêt des travaux, faute d’accessibilité.
Des infrastructures inutilisables et une population révoltée
Malgré ces difficultés, les agences nationales, à savoir le BCeCo et la CFEF, ont réalisé un nombre d’ouvrages supérieur à celui du PNUD et, dans le meilleur des mondes, devraient être encouragées.Plus scandaleux encore, les centres de santé n’ont pas été dotés d’équipements médicaux, les rendant inopérationnels. En outre, on relève l’absence d’eau dans de nombreuses infrastructures réalisées : centres de santé, écoles et bâtiments administratifs.Cette réalité révolte la population à la base. « C’est vraiment incroyable : ces ouvrages déjà livrés sont aujourd’hui des éléphants blancs, et nous les regardons avec désespoir », se plaint Kabongo Dianda, membre de la société civile basé à Ngandanjika.
« C’est un sabotage programmé du projet phare du chef de l’État, car il est incompréhensible de voir de telles situations. Ces centres de santé étaient destinés à nous permettre d’avoir accès aux soins près de chez nous. Mais aujourd’hui, même des femmes enceintes continuent de parcourir de longues distances au péril de leur vie pour accoucher », assure Marie Nkie, paysanne à Inongo. Elle conclut : « Le chef de l’État doit ouvrir l’œil, et le bon : son programme est en plein sabotage ».
Responsabilité et fuite en avant
Dans ce contexte, la responsabilité du financement incombe directement au ministère des Finances. Toutefois, plutôt que de répondre aux préoccupations soulevées, le ministre a choisi de pointer un doigt accusateur vers les agences d’exécution, sous prétexte qu’elles seraient en retard dans l’exécution du PDL-145T.Ce qui s’apparente à une fuite en avant. Face à cette situation, certaines voix estiment que le manque de financement compromet l’achèvement du programme et nuit à ses objectifs initiaux.
Une question de redevabilité
En définitive, loin d’apporter des solutions aux problèmes qui paralysent le PDL-145T, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, semble chercher à détourner l’attention de sa responsabilité centrale dans le non-financement du programme en accusant injustement les agences d’exécution.
Cette stratégie ne résout rien : elle masque mal les carences dans la mobilisation des ressources, tout en aggravant les retards et les dysfonctionnements déjà observés sur le terrain. Pendant ce temps, des infrastructures coûteuses demeurent inutilisées et les populations continuent de payer le prix d’un programme inachevé.À ce stade, la question n’est plus seulement celle de l’exécution, mais bien celle de la responsabilité.
Me. Nzaliwa Wali Tinzoni, analyste indépendante

