La RDC est-elle en train de perdre son plus puissant levier de développement économique?Nos minerais ne sont pas seulement une richesse exceptionnelle, ils sont notre principal vecteur de développement économique, d’aménagement du territoire source essentielle de prospérité, de sécurité et de souverainetéà long terme. Ce sont les minerais qui justifient et rentabilisent les investissements dans les infrastructures de transport et énergie, qui eux- mêmes constituent les fondations et la colonne vertébrale de notre développement économique et social.
Il est crucial de comprendre à quel point nous sommes aujourd’hui faceà un choix qui déterminera notre avenir économique pour longtemps. Le corridor de Banana est la colonne vertébrale de notre développement économique. Lobito est un axe majeur de développement de l’Angola. Il ne manque au corridor de Lobito que la section ferroviaire de Kolwezi à Dilolo pour rejoindre le rail qui mène au port de Lobito en Angola. Le corridor de Banana, long de 3300 km avance également rapidement, sous l’impulsion du Chef de l’Etat, mais accuse un retard notable par rapportà celui de Lobito. Les 30 ans de guerre d’agression à l’est n’y sont pas étrangers.
Dans le monde entier, les activités industrielles se développe toujours le long d’un axe d’infrastructures offrant une haute performance logistique et une énergie à bas coût. C’est la réalité des plus grands corridors économiques mondiaux en Chine (Yangtsé), aux Etats-Unis (Great lakes) et en Europe (Banane Bleue). Sans infrastructures performantes de transport, il est impossible de développer la production agricole.
Or la RDC est déjà identifié comme un des 6 pays (Brésil, RDC, Ukraine, Indonésie, Turquie, Australie) pouvant devenir une grande puissance agricole mondiale, à condition de disposer des infrastructures logistiques. Et pour l’énergie, nous avons tout le potentiel nécessaire d’hydroélectricité. Mais ce sont les minerais qui justifient la rentabilité des investissements massifs dans les infrastructures de transport et énergie, telles que les lignes ferroviaires, routes et plateformes multimodales, et les centrales hydroélectriques.
Si tous nos minerais quittent notre territoire vers l’Angola, nous risquons de perdre le levier qui justifie le investissements en infrastructures de transport- logistique eténergie qui permettront le développement industriel national. L’enjeu est immense car il s’agit de million d’emplois et de centaines de milliards de dollars de PIB et d’investissements. Force est de constater que jusqu’à aujourd’hui, les partenaires internationaux ne se sont intéressés et n’ont financé que le corridor de Lobito. Et il ne s’agit pas seulement d’économie.
Le Président de la République a dit le 8 avril que «chaque infrastructure doit être une pierre de plus posée à l’édifice de notre souveraineté économique et de notre puissance nationale». Le corridor de Banana est la colonne vertébrale des infrastructures nationales, sur lequel pourront progressivement se connecter les autres provinces du pays, notamment Kisangani et les Kivus. Il faut rappeler que c’est l’absence d’infrastructures de transport-logistiques qui est précisément l’une des faiblesses et causes majeures de la guerre de 30 ans à l’Est. L’aménagement du territoire, et les infrastructures sont ainsi la condition sine qua none de notre sécurité et souveraineté.
La priorité à donner à notre développement national par le corridor de Banana mérite par conséquent un véritable débat national réunissant les élus, les économistes et spécialistes des infrastructures, les entreprises et les syndicats. Le risque est considérable puisque l’opportunité historique de saisir le levier de développement par nos minerais s’envole et qu’il va développer les corridors d’industrialisation des pays voisins. Il faut toujours se rappeler que personne ne défendra les intérêts de la RDCà notre place.
Au Katanga, choisir de développer et réhabiliter le rail qui mène de Kolwezi à la frontière angolaise à Dilolo, sur environ 430 km, c’est faire le choix d’une solution temporaire pour l’évacuation des minerais, qui risque de devenir une réalité à long terme.
A la place, construire une voie ferrée performante de Kolwezi au Kasaï, puis vers Kikwit et Kinshasa, c’est faire le choix de disposer de nos propres infrastructures de souveraineté et développe la multimodalité indispensable à la performance d’un corridor, ceci demeure la priorité des priorité, car c’est à partir de ces infrastructures que nous pourrons développer notre agriculture et les industries minières et agroalimentaires, sans compter la valeur ajoutée d’un secteur logistique puissant. Le général américain Eisenowher disait q u e «les amateurs discutent de stratégie, les professionnels parlent de logistique». Ouvrons sans tarder le débat de la logistique et mettons en œuvre en priorité un véritable plan décennal de développement de corridor économique et industriel sur notre territoire.
Samy BADIBANGA,
Premier Ministre honoraire

