PAR JOSE M. BAKIMA

Depuis plusieurs mois, la classe politique de notre pays, la République Démocratique du Congo, se déchire dans des empoignades stériles autour de la révision ou du changement de la Constitution de 2006. D’un côté, les tenants du statu quo s’accrochent à ce texte comme à un texte sacré ; de l’autre, les partisans du changement agitent des arguments d’opportunité politique.

Pourtant, les uns et les autres passent à côté de la seule question historique qui vaille : pourquoi une nation dotée d’un tel génie spirituel et humain continue-t-elle de calquer sa loi fondamentale sur des fictions juridiques européennes importées ?

Le drame de la Constitution de 2006, à l’instar de ses devancières, est qu’elle procède d’un mimétisme colonial inconscient. Elle est le fruit d’une pensée fragmentée qui sépare le droit de la sacralité, le pouvoir du peuple, et l’État de la cosmologie. En calquant nos institutions sur la verticalité pyramidale de l’Occident, nous avons importé dans le bassin du fleuve Congo le modèle du Pandémonium : une structure close où le secret des cabinets l’emporte sur l’intérêt collectif, et où la politique n’est plus qu’une lutte cinétique pour la captation égoïste des forces et des ressources.

Ce désalignement profond a plongé notre nation dans ce que la science initiatique kongo appelle le Kimfunia : cet état de stase pathologique, de lourdeur institutionnelle et de sécheresse éthique où le pouvoir perd sa légitimité profonde parce qu’il s’est coupé de la source de l’amour universel (Zola) et de la sagesse des Ancêtres (Ngangu).

Le choc des ambitions auquel nous assistons à Kinshasa n’est pas un débat démocratique ; c’est le bégaiement d’un système malade de sa propre aliénation. Il est temps de briser les fers de ce mimétisme et d’opérer une révolution épistémologique souveraine.

L’Afrique, et l’espace culturel de la métaphysique bantoue en particulier, n’est pas une Tabula Rasa culturelle ou une page blanche juridique qui attend d’être policée par des concepts exogènes. Bien avant l’arrivée du premier navire négrier ou du premier colonisateur, nos sociétés étaient régies par une ingénierie de la relation et de l’équilibre d’une sophistication absolue, matérialisée par le Dikenga (le cosmogramme de l’existence) et vécue au sein de la Kanda (le clan matriciel).

Le droit dont la RDC a besoin pour le XXIe siècle n’est pas un copier-coller des codes civils occidentaux. C’est un droit vibratoire qui remet le respect sacré du Vivant (Moyo) et la longévité de la communauté (Zinga) au centre de la gravité juridique. Dans notre Tradition primordiale, le réel n’est pas une juxtaposition d’individus égoïstes en compétition permanente, mais un tissu complexe de relations continues où la nature, les fleuves, les forêts, les aïeux et les vivants forment un seul et même continuum sous la garde de Nzambi Mpungu Tulendo.

Pour guérir notre classe politique et pacifier notre nation, nous devons substituer la clarté solaire du Mbongi à l’ombre des combines partisanes. Le Mbongi n’est pas un parlement de la contrainte ou un théâtre d’empoignades ; c’est l’espace horizontal, circulaire et transparent de la palabre constructive, où les forces vives s’asseyent en cercle pour réaligner le désordre social sur les lois d’harmonie du Cosmos. Le pouvoir n’y est pas un privilège de domination, mais l’exercice d’un Lendo authentique : un pouvoir d’agir qui n’est légitime que s’il réalise la synthèse simultanée de la force morale (Ngolo), de la sagesse éthique (Ngangu) et de l’amour fusionnel du peuple (Zola).

L’éveil de la République Démocratique du Congo ne viendra pas d’un énième compromis politique ou d’un toilettage constitutionnel de surface. Il dépendra de la capacité de chaque Congolais à se dresser en tant que Muntu complet — un être responsable, tridimensionnel, reconnecté à son souffle spirituel (Muela) et fier de son héritage métaphysique.

Que les élites politiques et leaders des partis essuient leurs larmes de rancœur, qu’ils abandonnent les dogmes de la division, et qu’ils acceptent enfin de s’asseoir autour du feu de la vérité pour bâtir un État fluide comme l’eau et résolu comme le rythme de nos ancêtres. L’horizon immense de notre destin cosmique est devant nous : sachons le saisir.

 

By amedee

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *