« Le gouverneur de la BCC, André Wameso, affirme que le déficit budgétaire de l’État n’est pas financé par la Banque centrale. Selon lui, ce déficit est couvert par les ressources propres du gouvernement, notamment à travers les émissions d’obligations et de bons du Trésor. « Il n’y a pas de financement monétaire qui arrive de la Banque centrale », assure-t-il.
Cette déclaration se veut rassurante. Elle devrait inquiéter. Un déficit que la Banque centrale refuse de financer ne disparaît pas. Sa charge est simplement transférée. L’État peut ponctionner davantage une économie déjà fragile par les impôts, taxes et frais, ou emprunter auprès des banques qui trouvent alors dans les titres publics une destination plus commode que le crédit aux entreprises. Dans un cas, on retire des moyens au secteur réel. Dans l’autre, on détourne vers le Trésor une intermédiation bancaire déjà insuffisante. Se féliciter de l’absence de financement monétaire sans examiner ces effets revient à confondre orthodoxie et efficacité économique.
La distinction pertinente est ailleurs. Un déficit peut être « productif ou dissipatif », tout comme son financement. Dans une économie où le déficit traduit largement des insuffisances structurelles et où les ressources mobilisées pour le couvrir peuvent à leur tour se perdre dans des dépenses sans effet multiplicateur durable, le problème n’est pas seulement de fermer un écart comptable. Il est de modifier ce que cet écart produit dans l’économie. La monnaie créée par la BCC pourrait précisément servir de levier, non comme chèque en blanc au Trésor, mais comme financement conditionnel dont l’usage serait attaché à des objectifs mesurables de production, d’investissement et de transformation économique.
C’est ici que la BCC manque sa fonction la plus importante. Une banque centrale n’est pas seulement le gardien de la monnaie. Elle est aussi un conseiller de l’économie politique de l’État. Son ambition devrait donc dépasser la satisfaction de pouvoir dire « nous n’avons pas financé le déficit ». Elle devrait consister à concevoir une architecture monétaire qui transforme un déficit nécessaire en instrument de transformation, avec des contraintes suffisamment fortes pour empêcher sa dissipation. Le véritable indicateur de réussite devient alors le social contract ratio. Combien de capacité collective supplémentaire la société obtient-elle pour chaque unité de pouvoir monétaire mobilisée ? Refuser de créer la monnaie n’est pas une politique. Savoir pourquoi la créer, où l’envoyer et ce qu’elle doit produire en est une.
Jo M. Sekimonyo, PhD,
Chancelier de l’Université Lumumba,
Économiste politique hétérodoxe

