José BakimaJosé Bakima

PAR JOSE M. BAKIMA, DMV, MSc, PhD

Chaque guerre détruit des maisons.

Chaque guerre détruit des routes.

Chaque guerre détruit des écoles.

Mais il existe une destruction plus profonde encore.

La guerre détruit la capacité d’une société à faire confiance.

Lorsque la confiance disparaît, la reconstruction devient infiniment plus difficile que la reconstruction des bâtiments.

C’est pourquoi notre époque parle de plus en plus d’éducation humanitaire.

Son objectif est noble.

Redonner aux enfants un espace d’apprentissage.

Reconstruire la dignité.

Rétablir le dialogue.

Préparer la paix.

Personne ne peut contester une telle nécessité.

Mais une question demeure.

Pourquoi tant de sociétés arrivent-elles au point où l’éducation doit d’abord réparer ce qui a déjà été détruit ?

Le Dikenga propose de déplacer légèrement le regard.

L’éducation ne devrait pas commencer après les catastrophes.

Elle devrait apprendre à reconnaître les désalignements avant qu’ils ne deviennent des catastrophes.

Voilà toute la différence.

Une médecine véritable ne se limite pas à soigner les maladies.

Elle apprend également à préserver la santé.

Une agriculture durable ne consiste pas uniquement à restaurer les sols dégradés.

Elle apprend à empêcher leur dégradation.

Pourquoi l’éducation ne suivrait-elle pas cette même logique ?

Le Dikenga nous rappelle que toute rupture importante commence presque toujours par de petits désalignements.

Une parole qui n’est plus écoutée.

Une injustice que l’on banalise.

Une mémoire que l’on oublie.

Une communauté qui cesse de dialoguer.

Une génération qui n’apprend plus à transmettre.

Ces fractures paraissent d’abord insignifiantes.

Puis elles s’accumulent.

Un jour, elles deviennent visibles sous la forme de conflits ouverts.

La guerre n’apparaît alors que comme le dernier symptôme d’une continuité déjà rompue depuis longtemps.

L’éducation possède donc une responsabilité beaucoup plus profonde que la simple transmission des connaissances.

Elle devient l’apprentissage de la continuité.

Apprendre à observer.

Apprendre à écouter.

Apprendre à délibérer.

Apprendre à reconnaître les premiers signes de désaccord.

Apprendre à corriger avant que les ruptures deviennent irréversibles.

Le Dikenga appelle ce mouvement le Nkodia.

Le moment où l’intelligence accepte de suspendre ses certitudes afin de revenir au réel.

Puis vient le Mbongi.

La correction cesse d’être individuelle.

Elle devient une intelligence collective.

Une société qui enseigne ces deux disciplines prépare bien davantage que des élèves compétents.

Elle prépare des citoyens capables d’empêcher les crises de devenir le destin normal de leur pays.

Notre époque affirme souvent que l’éducation prépare l’avenir.

Le Dikenga répond avec une nuance essentielle.

L’éducation prépare d’abord la continuité.

Car l’avenir ne dépend pas uniquement des connaissances que nous transmettons.

Il dépend surtout de notre capacité à transmettre une manière de regarder le réel avec suffisamment d’humilité pour accepter d’apprendre continuellement de lui.

Une civilisation ne demeure pas en paix parce qu’elle possède les armes les plus puissantes.

Elle demeure en paix parce qu’elle apprend très tôt à reconnaître les désalignements qui annoncent les ruptures.

La paix n’est donc pas seulement l’absence de guerre.

Elle est la conséquence d’une culture de la correction permanente.

Voilà pourquoi l’école occupe une place si particulière dans toute République enracinée.

Elle ne fabrique pas seulement des diplômés.

Elle forme les gardiens de la continuité.

Chaque enfant qui apprend à observer avant de juger, à écouter avant de condamner, à délibérer avant de décider et à revenir au réel avant de s’enfermer dans ses certitudes devient déjà un artisan silencieux de la paix.

La plus grande réussite d’une éducation n’est peut-être pas de produire davantage de spécialistes.

Elle est de former des femmes et des hommes capables d’empêcher les sociétés de perdre le chemin de leur propre continuité.

Le Dikenga nous rappelle finalement une vérité simple.

Il est toujours plus sage d’apprendre à préserver les accords que d’attendre le moment où il faudra réparer leurs ruptures.

Car la paix durable n’est jamais un accident de l’histoire.

Elle est le fruit quotidien d’une éducation qui apprend à chaque génération à demeurer en accord avec le réel.

Telle est peut-être la première mission de toute école véritable.

José Bakima

By amedee

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *