Le Sénat a autorisé, le jeudi 11 juin, une des réformes importantes du système financier la création d’une bourse des valeurs en République démocratique du Congo. Le Ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, qui a défendu cette réforme, a obtenu la recevabilité de ce Projet de loi sur les marchés boursiers, 55 ans après. Initié par le Président Félix Tshisekedi, le texte de 8 titres vise à doter la RDC d’une bourse des valeurs mobilières et une bourse de marchandises, efficaces et transparentes. L’objectif étant de mobiliser l’épargne nationale, financer les investissements privés et accélérer la croissance.
Au cours de la même plénière, la Chambre haute du parlement a validé aussi la création d’une Autorité de Régulation des Marchés Financiers indépendante, des banques de règlement et d’un dépositaire central.
A ceux des sénateurs qui ont émis des doutes de cette initiative à cause notamment du phénomène de cybersécurité ou encore du blanchiment des capitaux, l’argentier national a soutenu qu’il n’y aura pas de bourse sans digitalisation au préalable.
Pour l’économiste Jo Sekimonyo, adopter une loi sur les marchés financiers constitue une étape importante. Cependant, elle ne produit pas davantage la croissance que la création d’un ministère ne produit automatiquement le développement. « De la même manière que la construction d’un stade ne garantit pas la victoire d’une équipe nationale, l’existence d’une bourse des valeurs ne garantit ni l’industrialisation ni la prospérité. Les États-Unis n’ont pas bâti leur puissance économique grâce à Wall Street seulement. Wall Street est venue accompagner une économie déjà portée par l’industrie, l’innovation, les infrastructures et la productivité. Dans tous les cas, les marchés de capitaux sont venus accompagner un tissu productif dynamique. Ils ne l’ont jamais remplacé », estime-t-il.
De son avis, la création d’une bourse des valeurs constitue un instrument financier. Cependant, elle ne saurait être confondue avec une politique industrielle. Et de marteler : « L’industrialisation ne naît pas spontanément de l’existence d’un marché boursier. Elle repose sur un ensemble beaucoup plus vaste de conditions parmi lesquelles figurent l’accès à une énergie fiable, des infrastructures de transport performantes, un système financier capable de financer le secteur privé, des capacités productives nationales et un environnement des affaires suffisamment prévisible pour encourager l’investissement de long terme. L’expérience de la Corée du Sud rappelle d’ailleurs que les marchés financiers ont accompagné plusieurs décennies d’investissements dans l’éducation, l’énergie, les infrastructures et l’industrie. Ils n’en ont jamais constitué le point de départ ».
Ainsi, Jo Sekimonyo souligne deux préalables pour le succès d’une bource des valeurs. Il faut qu’il existe suffisamment d’entreprises capables d’être cotées et une épargne domestique suffisamment importante pour alimenter le marché boursier.
« Plusieurs pays africains disposent depuis longtemps d’une bourse des valeurs sans que cela se soit traduit automatiquement par un décollage industriel ou une transformation structurelle de leur économie. Plus fondamentalement, il est difficile de bâtir un capitalisme populaire dans un pays où une grande partie de la population vit encore dans la précarité. La République démocratique du Congo demeure aujourd’hui le pays qui concentre le plus grand nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté au monde. Dans un tel contexte, la question essentielle dépasse la simple création d’une place financière. Elle concerne également l’émergence d’une classe moyenne, le renforcement des entreprises nationales et la capacité des ménages à épargner. Une bourse permet d’organiser les capitaux existants. Elle ne crée pas, à elle seule, les revenus qui les rendent possibles. On ne construit pas une pyramide en commençant par son sommet, a expliqué Jo Sekimonyo.
Amédée Mwarabu
