Contribution au Dialogue national
PAR JOSE M. BAKIMA
Introduction — Une question que nous n’avons jamais suffisamment posée
Nous parlons depuis des décennies de démocratie, d’élections, d’institutions, de gouvernance, de décentralisation, de développement et de souveraineté.
Nous parlons de ce que l’État doit faire.
Nous parlons de ce que le citoyen doit à l’État.
Mais une question beaucoup plus élémentaire demeure largement impensée :
À qui appartient réellement la République ?
La question peut sembler provocatrice. Elle est pourtant au cœur de toute réflexion sérieuse sur la stabilité politique, la souveraineté et la refondation de l’État.
Car une République ne tient pas seulement par ses constitutions, ses lois, ses administrations et ses forces de défense.
Elle tient aussi par le sentiment de ses citoyens qu’ils ont quelque chose à perdre, quelque chose à protéger et quelque chose à transmettre.
C’est ici qu’une intuition politique de Lee Kuan Yew, fondateur de la Singapour moderne, mérite d’être revisitée.
Son raisonnement était d’une grande simplicité : lorsqu’un citoyen possède un logement, un patrimoine et une participation concrète à la prospérité nationale, il acquiert un intérêt réel à la stabilité du pays.
Le propriétaire ne défend donc pas seulement une abstraction appelée « État ».
Il défend également sa maison, sa famille, son patrimoine et son avenir.
L’expérience singapourienne permet ainsi de poser une question qui nous concerne directement :
Que faut-il que le citoyen congolais possède, hérite, habite, protège et transmette pour qu’il se sente véritablement partie prenante de la République démocratique du Congo ?
Cette question nous conduit beaucoup plus loin que la seule propriété.
Elle nous conduit vers l’enracinement.
- L’INTUITION DE LEE KUAN YEW : DONNER AU CITOYEN UNE PART DANS LE PAYS
La politique du logement de Singapour n’a pas seulement répondu à un besoin social.
Elle a également participé à la construction d’une communauté politique.
L’idée était simple : faire en sorte qu’une très grande majorité des citoyens vivent dans un logement dont ils sont propriétaires ou dont ils ont une participation patrimoniale.
Le résultat est connu : la propriété du logement est devenue l’un des éléments structurants de la société singapourienne.
Derrière cette politique se trouvait une intuition politique plus profonde :
Un citoyen qui possède une part concrète de son pays a davantage intérêt à la stabilité et à la prospérité de ce pays.
Il ne s’agit pas de prétendre que les propriétaires ne se révoltent jamais, ni que la propriété garantit mécaniquement la loyauté politique.
Ce serait une simplification.
Le raisonnement est différent.
Lorsqu’un individu a investi son travail, son épargne, son temps et les espérances de sa famille dans un patrimoine, l’effondrement politique et social ne constitue plus une abstraction.
Il a un coût personnel.
La stabilité devient alors non seulement une valeur politique, mais également un intérêt vécu.
Singapour a ainsi transformé une politique du logement en instrument d’intégration nationale.
- MAIS LA PROPRIÉTÉ N’EST PAS LA SEULE FORME D’APPARTENANCE
C’est ici que l’expérience singapourienne devient particulièrement intéressante pour l’Afrique et pour la République démocratique du Congo.
Car une société ne repose pas partout sur le même rapport à la propriété.
Dans notre histoire, la relation à la terre ne se réduit pas à l’achat et à la vente d’une parcelle.
Il existe une autre relation au territoire : l’héritage.
Une terre peut être considérée comme celle des ancêtres.
Elle peut être liée à une famille, à un lignage, à un clan ou à une communauté.
Elle peut être administrée ou protégée par des autorités coutumières.
Elle peut être perçue non comme une marchandise ordinaire, mais comme un patrimoine à conserver et à transmettre.
Dans cette conception, l’individu n’est pas nécessairement le propriétaire absolu du territoire.
Il peut en être l’héritier, le gardien, le bénéficiaire, le dépositaire, et finalement le transmetteur.
Cette distinction est capitale.
III. PROPRIÉTÉ ACQUISE, PROPRIÉTÉ HÉRITÉE, APPARTENANCE TRANSMISE
Il faut donc distinguer au moins trois formes d’attachement patrimonial.
- La propriété acquise
Le citoyen acquiert un bien par son travail, son investissement, son activité économique ou une transmission juridiquement reconnue.
Il peut alors dire : « J’ai construit cela. »
- La propriété héritée
Le bien lui vient de ses parents ou de ses ascendants.
Il peut alors dire : « Cela m’a été transmis. »
- L’appartenance communautaire et ancestrale
Le territoire est lié à une communauté historique dont l’individu est membre.
Il peut alors dire : « Cela appartient à ceux dont je viens et à ceux auxquels je dois le transmettre. »
Cette troisième dimension échappe en partie à la conception purement marchande de la propriété.
Elle introduit une autre catégorie : la propriété comme responsabilité de transmission.
Le titulaire d’un tel patrimoine n’est pas seulement celui qui peut en disposer.
Il est aussi celui qui doit empêcher sa disparition, sa spoliation ou sa destruction.
- POURQUOI DÉFENDONS-NOUS CE QUE NOUS CONSIDÉRONS COMME NÔTRE ?
Il existe ici une réalité anthropologique élémentaire.
L’être humain défend avec une force particulière ce qu’il considère comme faisant partie de son existence.
Il défend sa famille.
Il défend sa maison.
Il défend sa terre.
Il défend son village.
Il défend sa communauté.
Il défend la mémoire de ses ancêtres.
Et il défend surtout ce qu’il pense devoir transmettre à ses enfants.
C’est pourquoi l’attachement territorial peut être politiquement plus puissant qu’une simple appartenance administrative.
On peut habiter quelque part sans y être enraciné.
On peut être juridiquement citoyen d’un État sans avoir le sentiment que cet État protège quelque chose qui nous appartient réellement.
Inversement, lorsqu’un territoire est vécu comme un patrimoine, sa défense devient une défense de soi-même.
Il ne s’agit plus seulement de défendre un espace géographique.
Il s’agit de défendre une continuité d’existence.
- LA QUESTION CONGOLAISE : QU’AVONS-NOUS DONNÉ AU CITOYEN À DÉFENDRE ?
Cette question devrait être placée au centre de notre réflexion nationale.
Nous demandons au citoyen de défendre :
- l’intégrité territoriale ;
- la souveraineté ;
- la Constitution ;
- les institutions ;
- la République.
Mais demandons-nous suffisamment :
Qu’est-ce que la République garantit concrètement à ce citoyen ?
- A-t-il une terre sécurisée ?
- A-t-il un logement ?
- A-t-il un patrimoine ?
- A-t-il une activité productive ?
- A-t-il la possibilité d’accumuler et de transmettre ?
- Sa communauté est-elle protégée contre la spoliation ?
- Ses droits fonciers sont-ils suffisamment sécurisés ?
- Ses enfants pourront-ils hériter ?
- Son territoire sera-t-il préservé ?
- Les ressources naturelles de son pays produisent-elles pour lui un bénéfice identifiable ?
Peut-il regarder la République et dire :
« J’ai une part dans cette chose immense que nous appelons le Congo. »
Cette question est décisive.
Car si le citoyen ne possède rien, n’hérite de rien, ne peut rien transmettre et ne se reconnaît dans aucun patrimoine collectif, la République risque de rester pour lui une construction juridique lointaine.
- DE L’ÉTAT ADMINISTRATIF À LA RÉPUBLIQUE HABITÉE
Nous devons alors distinguer deux conceptions de la République.
La République administrative
Le citoyen y est principalement :
- administré ;
- recensé ;
- imposé ;
- électeur ;
- bénéficiaire de services publics ;
- sujet de droits et d’obligations.
La République enracinée
Le citoyen y devient :
- héritier ;
- producteur ;
- propriétaire ou détenteur légitime ;
- membre d’une communauté ;
- gardien d’un territoire ;
- dépositaire d’un patrimoine ;
- transmetteur aux générations futures.
La différence n’est pas simplement institutionnelle.
Elle est anthropologique et politique.
Dans le premier modèle, le citoyen vit dans la République.
Dans le second, il participe à sa continuité.
VII. L’ENRACINEMENT N’EST PAS LA PROPRIÉTÉ ABSOLUE
Il faut cependant éviter un malentendu.
Dire qu’un citoyen doit être enraciné ne signifie pas que chacun doit devenir propriétaire absolu d’une parcelle et pouvoir en disposer sans limite.
Une telle conception serait incompatible avec notre vision du territoire comme patrimoine collectif et intergénérationnel.
L’enracinement repose au contraire sur un équilibre :
avoir des droits réels sur un bien sans transformer le patrimoine en objet de prédation ;
pouvoir utiliser la terre sans pouvoir détruire les conditions de vie de ceux qui viendront après nous ;
posséder sans spolier ;
exploiter sans épuiser ;
hériter sans confisquer l’avenir.
C’est ici que la notion de Vivant devient déterminante.
VIII. DE LA PROPRIÉTÉ AU VIVANT
Une terre n’est jamais seulement une surface.
Elle porte :
- des sols ;
- de l’eau ;
- des plantes ;
- des animaux ;
- des communautés humaines ;
- une histoire ;
- des ressources ;
- des générations présentes et futures.
Le patrimoine foncier est donc inséparable du patrimoine écologique.
Celui qui reçoit une terre reçoit aussi une responsabilité.
Celui qui reçoit un territoire reçoit une responsabilité.
Celui qui reçoit un pays reçoit une responsabilité.
Et cette responsabilité ne s’arrête pas à la génération présente.
C’est pourquoi une véritable politique d’enracinement doit nécessairement devenir une politique de gouvernance du Vivant.
- LE GRAND RETOURNEMENT : LE CITOYEN N’EST PAS SEULEMENT PROPRIÉTAIRE, IL EST DÉPOSITAIRE
Nous touchons ici à une distinction qui pourrait devenir centrale dans la refondation républicaine.
Le propriétaire classique demande : « Quels sont mes droits sur ce bien ? »
Le dépositaire demande : « Que dois-je faire pour que ce bien puisse continuer d’exister et être transmis ? »
La République enracinée ne supprime pas la propriété.
Elle lui ajoute une dimension : la responsabilité de transmission.
Ainsi posséder donne un intérêt ; appartenir donne une identité ; protéger donne une responsabilité ; transmettre donne une continuité.
Et ces quatre dimensions peuvent être réunies dans une même conception de la citoyenneté.
- LE PRINCIPE DE L’INTÉRÊT ENRACINÉ
Nous pouvons alors formuler un principe général :
Une République est d’autant plus stable que ses citoyens disposent d’une participation réelle dans les biens, les territoires, les communautés, les institutions et l’avenir qu’ils sont appelés à défendre.
Cette participation ne doit pas être comprise uniquement en termes financiers.
Elle peut être :
- foncière ;
- patrimoniale ;
- familiale ;
- communautaire ;
- productive ;
- culturelle ;
- territoriale ;
- écologique ;
- intergénérationnelle.
C’est ce que nous pouvons appeler : le principe de l’intérêt enraciné.
Le citoyen ne doit pas être simplement intéressé à la République par le vote.
Il doit être intégré à sa continuité par une multiplicité de liens réels.
- LA RÉPUBLIQUE DOIT DONNER QUELQUE CHOSE À HABITER, À PROTÉGER ET À TRANSMETTRE
Voilà peut-être le cœur de cette réflexion.
Une République véritablement nationale doit permettre au citoyen de répondre positivement à trois questions :
Qu’est-ce que j’habite ?
Un territoire, une communauté, une maison, un espace de vie.
Qu’est-ce que je protège ?
Une famille, une terre, un patrimoine, un environnement, une communauté, une souveraineté.
Qu’est-ce que je transmets ?
Une terre, une mémoire, des ressources, une culture, une institution et un pays habitable.
C’est cette triple relation qui produit l’enracinement.
Habiter. Protéger. Transmettre.
Une République qui ne permet pas à une partie importante de sa population de s’inscrire dans cette chaîne produit nécessairement de la fragilité.
XII. DE L’ENRACINEMENT DU CITOYEN À L’ENRACINEMENT DE LA RÉPUBLIQUE
Il faut alors renverser la perspective.
Nous avons longtemps demandé : Comment faire pour que le citoyen soit fidèle à la République ?
La question pourrait être reformulée : Comment construire une République à laquelle le citoyen a concrètement intérêt à rester fidèle ?
La différence est immense.
La première question porte principalement sur l’obéissance.
La seconde porte sur l’appartenance.
La première cherche à produire la loyauté.
La seconde cherche à produire l’enracinement.
La première part de l’État.
La seconde part du citoyen, de la famille, de la communauté, du territoire et du Vivant.
XIII. ET SI LA REFONDATION RÉPUBLICAINE COMMENÇAIT ICI ?
Nous arrivons ainsi à une question qui dépasse largement le foncier.
Si nous reconnaissons que :
le citoyen défend ce qu’il possède ;
il protège ce auquel il appartient ;
il conserve ce qu’il a reçu en héritage ;
et il transmet ce dont il se considère dépositaire ;
alors nous devons revoir notre conception même de la République.
La refondation ne pourrait plus être uniquement une réforme des institutions.
Elle devrait porter simultanément sur :
- le territoire ;
- le foncier ;
- l’habitat ;
- la production ;
- le patrimoine ;
- la communauté ;
- l’environnement ;
- la transmission ;
- les générations futures ;
- et les institutions qui garantissent l’ensemble.
C’est ici que peut commencer une réflexion sur une Quatrième République.
Non pas une Quatrième République simplement parce qu’il faudrait changer de Constitution.
Mais parce qu’il faudrait peut-être changer de conception de la République.
XIV. DE LA RÉPUBLIQUE DES CITOYENS À LA RÉPUBLIQUE DES DÉPOSITAIRES
La République du XXIe siècle pourrait être appelée à dépasser une conception purement individualiste du citoyen.
Le citoyen est certes titulaire de droits.
Mais il est également :
héritier d’une histoire,
membre d’une communauté,
habitant d’un territoire,
acteur économique,
gardien du Vivant,
et responsable de la génération suivante.
Cette conception ne diminue pas la liberté individuelle.
Elle lui donne une profondeur.
La liberté cesse d’être seulement la faculté de disposer.
Elle devient aussi la capacité de construire et de transmettre.
- UNE NOUVELLE DOCTRINE DE LA SOUVERAINETÉ
La souveraineté ne devrait donc plus être pensée uniquement comme la capacité de l’État à contrôler ses frontières ou à exercer son autorité.
Une souveraineté véritable doit également permettre au peuple :
- de maîtriser son territoire ;
- de sécuriser ses patrimoines ;
- de protéger ses ressources ;
- de produire sa richesse ;
- de transmettre ses terres ;
- de préserver son environnement ;
- de maîtriser ses données et ses connaissances ;
- de garantir l’avenir de ses générations.
Autrement dit :
La souveraineté politique sans souveraineté territoriale, patrimoniale, économique, alimentaire, écologique, scientifique et intergénérationnelle demeure incomplète.
La République enracinée propose précisément d’articuler ces dimensions.
XVI. LA LEÇON DE SINGAPOUR ET LA LEÇON CONGOLAISE
Il ne s’agit donc pas de copier Singapour.
La République démocratique du Congo n’est pas Singapour.
Nos territoires, nos histoires, nos structures communautaires, nos systèmes fonciers, nos ressources naturelles et nos rapports au Vivant sont profondément différents.
Mais Singapour nous fournit une expérience révélatrice.
Elle montre qu’une politique apparemment matérielle — le logement et la propriété — peut devenir une politique de construction de la communauté nationale.
La réalité congolaise permet d’aller plus loin.
Nous pouvons articuler :
- propriété acquise ;
- héritage ;
- appartenance communautaire ;
- sécurité foncière ;
- autorité coutumière ;
- patrimoine territorial ;
- protection du Vivant ;
- transmission intergénérationnelle.
Ce faisant, nous ne reproduisons pas Singapour.
Nous cherchons à penser à partir de notre propre réalité.
XVII. VERS UNE RÉPUBLIQUE ENRACINÉE
Une République enracinée pourrait alors être définie simplement comme :
Une République qui garantit à chaque citoyen et à chaque communauté une place réelle dans le territoire, le patrimoine, la production, la mémoire et l’avenir du pays, tout en soumettant l’exercice des droits patrimoniaux à la responsabilité de préserver le Vivant et les générations futures.
Cette conception donne une nouvelle profondeur au contrat républicain.
La République ne dit plus seulement : « Tu as des droits et des devoirs. »
Elle dit aussi : « Tu as une place. »
Et cette place doit pouvoir devenir :
- un habitat,
- un patrimoine,
- une activité,
- une appartenance,
- une responsabilité,
- une transmission.
XVIII. LA QUESTION DE LA QUATRIÈME RÉPUBLIQUE
La question n’est donc peut-être pas simplement : Faut-il une nouvelle Constitution ?
La question préalable est : Quelle République voulons-nous construire ?
Si nous voulons simplement modifier les institutions existantes, une réforme constitutionnelle peut suffire.
Mais si nous voulons reconstruire le rapport entre le citoyen, la communauté, le territoire, la propriété, le patrimoine, l’État, le Vivant et les générations futures, alors nous sommes devant une transformation beaucoup plus profonde.
Nous sommes devant une refondation républicaine.
C’est dans cette perspective qu’une Quatrième République pourrait prendre son sens.
Elle ne serait pas une République de plus.
Elle serait une République autrement enracinée.
XIX. DU DIALOGUE NATIONAL À UN NOUVEAU PACTE RÉPUBLICAIN
Le Dialogue national pourrait ainsi dépasser la seule recherche de compromis institutionnels.
Il pourrait devenir le lieu où la Nation se pose quelques questions fondamentales :
- Que voulons-nous transmettre ?
- À qui appartient notre territoire ?
- Comment sécuriser la terre et le patrimoine des communautés ?
- Comment permettre au citoyen de participer réellement à la richesse nationale ?
- Comment transformer les ressources naturelles en patrimoine collectif plutôt qu’en facteur de prédation ?
- Comment faire du territoire un espace de production, de sécurité et d’appartenance ?
- Comment inscrire les générations futures dans les décisions du présent ?
Et finalement : Quelle République voulons-nous léguer à ceux qui ne sont pas encore nés ?
Cette dernière question change entièrement la nature du débat.
Elle fait entrer le temps long dans la politique.
- UNE FORMULE POUR LE DIALOGUE NATIONAL
Il serait possible de résumer cette contribution par une proposition simple :
La République doit donner au citoyen quelque chose à habiter, quelque chose à posséder ou dont il soit légitimement dépositaire, quelque chose à protéger et quelque chose à transmettre.
C’est cela qui transforme un habitant en citoyen enraciné.
Et c’est peut-être également cela qui transforme un État en véritable République nationale.
Conclusion — Il ne suffit plus de demander au citoyen de défendre la République
Pendant longtemps, nous avons posé la question sous un seul angle :
Pourquoi le citoyen doit-il défendre la République ?
Nous devrions désormais poser la question dans les deux sens :
Pourquoi le citoyen devrait-il défendre une République qui ne lui garantit ni une place, ni un patrimoine, ni une appartenance, ni une capacité de transmission ?
Et surtout :
Que devons-nous transformer pour que chaque Congolais puisse considérer la République comme une partie de son propre destin ?
La réponse ne peut être uniquement électorale.
Elle ne peut être uniquement économique.
Elle ne peut être uniquement institutionnelle.
Elle doit être territoriale, foncière, sociale, patrimoniale, culturelle, écologique et intergénérationnelle.
C’est là que l’intuition de Lee Kuan Yew rencontre une problématique profondément congolaise.
Il nous rappelle que l’intérêt concret peut devenir une force de stabilité nationale.
Notre propre réflexion nous conduit à élargir cette intuition :
On défend ce que l’on possède.
On protège ce auquel on appartient.
On conserve ce que l’on a reçu.
On transmet ce dont on se considère dépositaire.
Et finalement :
On défend avec le plus de force ce dont on sait qu’il nous appartient, ce qui nous appartient par héritage, ce qui nous relie aux autres et ce que nous avons la responsabilité de transmettre.
Voilà pourquoi l’enracinement n’est pas un retour au passé.
Il est une politique de l’avenir.
Voilà pourquoi la réforme foncière ne peut être séparée de la refondation républicaine.
Voilà pourquoi la protection du Vivant ne peut être réduite à une politique environnementale.
Et voilà pourquoi la réflexion sur une Quatrième République ne devrait pas commencer par la question : « Quelle Constitution allons-nous écrire ? » mais par une question beaucoup plus fondamentale : « Quelle relation voulons-nous désormais établir entre le citoyen, sa communauté, sa terre, son patrimoine, sa République et les générations futures ? »
C’est peut-être à cette question que devra répondre le prochain pacte républicain.
Et c’est peut-être là que commence véritablement la République enracinée.
