Pourquoi gouverner une nation exige bien davantage que l’ambition, le diplôme ou la conquête d’une fonction
Lucas Alouma
I. La politique : une réalité autrement plus redoutable que son apparence
La politique est un monstre impitoyable lorsqu’elle s’affranchit de la morale, de la science et des principes qui devraient encadrer son exercice.
Elle se réclame volontiers de la justice, de la démocratie, de la liberté et du progrès. Mais elle peut, dans certaines circonstances, s’éloigner profondément de ces idéaux pour poursuivre un objectif devenu obsessionnel : la conquête et la conservation du pouvoir.
C’est en échangeant récemment avec un grand connaisseur de la politique congolaise, dont je préfère taire le nom, que j’ai été davantage conforté dans une conviction qui nourrit depuis longtemps mes réflexions : nous mesurons insuffisamment la complexité, les dangers et les conséquences de l’engagement politique.
Ce dialogue m’a permis d’approfondir une réalité inquiétante.
La politique peut se montrer d’une cruauté déconcertante.
Elle peut réprimer au nom de la paix.
Violer les droits au nom de la sécurité.
Détruire des réputations au nom de la vérité.
Sacrifier des collaborateurs au nom de la loyauté.
Et parfois même, dans ses manifestations les plus tragiques, participer à des violences dont elle viendra ensuite déplorer publiquement les victimes.
Elle peut se présenter aux funérailles avec tous les honneurs alors que certains de ses acteurs portent une responsabilité dans les circonstances ayant conduit à la mort.
Cette contradiction révèle l’une des dimensions les plus troublantes de la politique lorsqu’elle devient un instrument de domination.
Elle peut produire le mal tout en conservant les apparences du bien.
Il ne s’agit pas d’affirmer que tous les dirigeants agissent ainsi, mais de reconnaître que le pouvoir, lorsqu’il échappe aux contre-pouvoirs et à la responsabilité, possède une capacité de nuisance considérable.
II. Il faut comprendre le pouvoir avant de vouloir s’en approcher
Un adage nous recommande de manger avec une longue fourchette lorsqu’on se retrouve à la table du diable.
Cette image traduit une exigence de prudence.
On ne s’approche pas des centres du pouvoir avec la même insouciance que l’on fréquente un espace ordinaire de convivialité.
Les relations politiques sont traversées par des intérêts, des rivalités, des calculs, des ambitions et des rapports de force.
Une amitié peut devenir une alliance.
Une alliance peut devenir une concurrence.
Une fidélité peut être remise en question par une circonstance nouvelle.
Et une proximité avec le pouvoir peut se transformer en vulnérabilité lorsque les équilibres politiques changent.
Voilà pourquoi je suis parfois préoccupé lorsque j’observe certains jeunes, intellectuels et responsables religieux célébrer avec une grande légèreté leur proximité avec les détenteurs de l’autorité politique.
Ils y voient parfois une promotion sociale.
Une reconnaissance.
Une occasion de prospérité.
Une distinction honorifique.
Mais comprennent-ils suffisamment les responsabilités et les risques associés à cet environnement ?
Je ne leur demande pas de fuir la politique.
Je leur demande de la comprendre.
L’ignorance des mécanismes du pouvoir peut devenir aussi dangereuse que l’ambition excessive de le conquérir.
III. Le pouvoir politique n’est ni un héritage ni une récompense académique
Il faut avoir le courage de le dire : on ne devient pas un bon dirigeant politique simplement parce qu’on possède un diplôme universitaire.
On ne le devient pas davantage parce qu’on appartient à une famille politiquement influente.
Ni parce qu’on a longtemps fréquenté un responsable public.
Ni parce qu’on dispose de moyens financiers.
Ni parce qu’on est capable de mobiliser une foule.
Ces éléments peuvent faciliter l’accès à une fonction. Ils ne garantissent nullement l’aptitude à l’exercer.
La politique exige une combinaison particulièrement complexe de qualités.
L’intelligence.
Le discernement.
La maîtrise de soi.
La connaissance des institutions.
La compréhension de l’histoire.
L’aptitude à anticiper.
La capacité de décision.
Le courage moral.
L’écoute.
La résistance aux pressions.
Et surtout la conscience des conséquences que les décisions publiques peuvent produire sur la vie d’autrui.
Un responsable politique peut prendre en quelques heures une décision dont les conséquences se prolongeront pendant plusieurs générations.
Il peut engager les finances publiques.
Modifier les rapports diplomatiques.
Déclencher une crise institutionnelle.
Compromettre un investissement.
Fragiliser la sécurité nationale.
Ou, au contraire, ouvrir des perspectives nouvelles pour des millions de citoyens.
La gravité de la fonction politique ne se mesure donc pas au prestige qu’elle confère, mais à l’étendue des conséquences qu’elle peut produire.
IV. La politique n’est pas un métier ordinaire
J’ai souvent l’impression que nous abordons la politique comme une profession parmi d’autres.
On cherche une fonction.
On négocie une nomination.
On attend une promotion.
On réclame une part de pouvoir.
On espère des avantages.
Mais la direction d’une nation ne saurait être réduite à cette logique.
La politique, dans sa vocation la plus élevée, constitue un engagement au service de l’intérêt général. Elle exige une disponibilité intellectuelle permanente.
Le dirigeant doit comprendre les transformations de son environnement.
Il doit suivre les évolutions économiques.
Étudier les tensions sociales.
Interpréter les signaux diplomatiques.
Anticiper les risques sécuritaires.
Évaluer les conséquences de ses décisions.
Et demeurer attentif aux réalités que ses collaborateurs pourraient chercher à lui dissimuler.
Cette responsabilité exige un travail considérable.
Elle peut imposer des sacrifices personnels.
Mais ces sacrifices ne doivent pas être confondus avec l’épuisement permanent ou l’abolition de toute vie privée.
Un dirigeant incapable de préserver son équilibre personnel risque également de compromettre la qualité de son jugement.
La véritable disponibilité politique n’est pas l’agitation incessante.
C’est la capacité de demeurer intellectuellement et moralement présent lorsque les circonstances exigent une décision juste.
V. L’économie psychologique du pouvoir : le piège de la jouissance
Une des difficultés majeures de notre gouvernance réside, à mes yeux, dans la manière dont certains acteurs perçoivent leur accession aux responsabilités.
Le pouvoir est trop souvent vécu comme une délivrance économique.
On était dans la précarité.
On accède à une fonction.
On bénéficie d’un salaire important.
On reçoit des avantages.
On dispose d’une escorte.
On fréquente les grands hôtels.
On voyage.
On devient soudainement une personnalité recherchée.
La fonction politique prend alors la forme d’une revanche sociale.
Mais c’est précisément à ce moment que commence le danger. Car l’esprit peut progressivement se détourner de la mission pour se concentrer sur les avantages qu’elle procure.
La conservation de la fonction devient plus importante que les résultats.
La loyauté personnelle remplace la compétence.
La critique devient une menace.
Et la politique se transforme en instrument de protection d’un niveau de vie.
Celui qui entre en politique principalement pour jouir du pouvoir risque de consacrer son énergie à le conserver plutôt qu’à servir la nation. Cette inversion psychologique est particulièrement dangereuse dans les sociétés où l’accès aux fonctions publiques constitue l’une des principales voies d’enrichissement.
Nous fabriquons alors une société politicienne plutôt qu’une société productive.
VI. Le danger de la prédation institutionnelle
Lorsqu’un nombre important d’acteurs considère les institutions comme des sources de revenus personnels, l’État risque de devenir un espace de compétition pour la captation des ressources.
Les fonctions sont recherchées pour les avantages qu’elles procurent.
Les nominations deviennent des récompenses.
Les budgets deviennent des objets de convoitise.
Les marchés publics deviennent des instruments de fidélisation.
Les relations personnelles prennent le pas sur les procédures.
Et la performance institutionnelle devient secondaire.
Le problème est alors beaucoup plus profond qu’une succession de comportements individuels.
Il devient systémique.
La société développe progressivement des réflexes qui encouragent les citoyens à rechercher leur prospérité dans la proximité du pouvoir plutôt que dans la création de valeur.
C’est ainsi que peut se former une économie politique de la prédation.
Un État dans lequel la fonction publique enrichit davantage que l’activité productive risque de détourner ses meilleures intelligences de la création de richesse.
La politique cesse d’être un instrument de développement. Elle devient elle-même une activité de captation.
VII. Avant l’heure, ce n’est pas l’heure ; après l’heure, il est trop tard
Il existe une dimension de la gouvernance que je considère comme particulièrement importante : le rapport au temps.
En politique, une bonne décision prise trop tard peut perdre une grande partie de son efficacité.
Une réforme nécessaire peut devenir impossible si elle est engagée après l’aggravation d’une crise.
Une négociation utile peut échouer si elle intervient lorsque les positions se sont radicalisées.
Une menace qui aurait pu être contenue peut devenir beaucoup plus coûteuse lorsqu’elle a été négligée.
Inversement, une décision prématurée peut produire des conséquences tout aussi dommageables.
C’est pourquoi le dirigeant doit développer une intelligence du moment.
Savoir quand agir.
Quand attendre.
Quand négocier.
Quand réformer.
Quand écouter.
Quand décider.
Quand reconnaître une erreur.
Et quand renoncer à une orientation devenue dangereuse.
Cette intelligence ne relève pas du hasard.
Elle résulte d’une connaissance approfondie de la situation, d’une capacité d’anticipation et d’un discernement continuellement exercé.
La sagesse politique consiste notamment à prendre la bonne décision au moment où elle peut encore produire le bien recherché.
*VIII. La politique doit anticiper plutôt que subir*
La gouvernance ne peut se limiter à la gestion des événements déjà survenus. Un État moderne doit développer une capacité permanente d’anticipation.
Il doit pouvoir identifier les menaces avant qu’elles ne se transforment en crises.
Comprendre les changements de son environnement régional.
Prévoir les conséquences économiques de certaines décisions.
Déceler les tensions sociales.
Évaluer les vulnérabilités institutionnelles.
Et préparer des réponses adaptées.
Il ne s’agit pas de prédire l’avenir avec certitude.
Il s’agit de réduire la part d’improvisation dans l’action publique.
La politique exige donc une véritable intelligence stratégique. Une intelligence qui ne doit pas être confondue avec la ruse.
La ruse cherche à tromper ou à surprendre un adversaire.
L’intelligence stratégique cherche à comprendre les situations, à identifier les possibilités et à choisir les moyens les plus adaptés à une finalité.
Un dirigeant peut être habile à conserver le pouvoir tout en étant incapable de conduire le développement de son pays. Voilà pourquoi l’intelligence politique ne doit jamais être évaluée uniquement à travers les succès tactiques.
Elle doit être appréciée à partir de ses conséquences sur la nation.
*IX. Le chef politique n’a pas besoin de tout savoir, mais il doit savoir s’entourer*
Je voudrais insister sur un paradoxe.
La politique est l’un des rares domaines où une personne investie d’une haute responsabilité peut disposer des moyens nécessaires pour mobiliser presque toutes les expertises utiles à sa mission.
Le Président de la République n’a pas besoin d’être personnellement économiste, ingénieur, médecin, agronome, juriste, diplomate et spécialiste des questions militaires.
Il doit cependant posséder la capacité de comprendre les enjeux essentiels de ces disciplines et de faire travailler ensemble ceux qui les maîtrisent.
Son intelligence réside notamment dans l’art de choisir ses collaborateurs.
D’identifier les compétences.
D’organiser la contradiction.
De comparer les analyses.
De poser les bonnes questions.
De décider avec discernement.
Et d’évaluer les résultats.
C’est pourquoi la qualité d’un entourage présidentiel constitue une question stratégique nationale.
Un dirigeant entouré uniquement de personnes soucieuses de lui plaire finit par perdre le contact avec la réalité.
Un conseiller qui ne sait jamais dire non n’est pas nécessairement loyal.
Il peut devenir dangereux.
La véritable loyauté envers un chef consiste parfois à lui dire une vérité qu’il ne souhaite pas entendre.
Le pouvoir doit donc rechercher les intelligences capables de l’éclairer, et non les seules personnalités capables de l’applaudir.
*X. Le pouvoir ne doit pas devenir un club d’amis*
La direction d’un État n’est pas une affaire de camaraderie.
Elle ne devrait pas être organisée autour d’une coterie tribale.
Elle ne devrait pas dépendre de fidélités personnelles incontrôlées.
Elle ne devrait pas davantage fonctionner comme un cercle fermé dans lequel l’appartenance garantit la promotion.
Les liens de confiance sont nécessaires à toute organisation. Mais la confiance personnelle ne remplace pas la compétence professionnelle.
Le responsable public doit être choisi en fonction de sa capacité à accomplir une mission.
Et cette capacité doit pouvoir être démontrée.
Il faut donc apprendre à distinguer l’ami du collaborateur.
Le militant du technicien.
Le fidèle du compétent.
Le conseiller du flatteur.
Le stratège de l’opportuniste.
Une nation ne peut être gouvernée comme un patrimoine familial ou un réseau de relations privées. Elle exige une organisation fondée sur des responsabilités clairement définies, des compétences vérifiables et des obligations de résultats.
XI. Intelligence académique et sagesse politique
Il existe une différence fondamentale entre intelligence et sagesse.
L’intelligence permet de comprendre, d’analyser, de comparer et de résoudre des problèmes.
La sagesse permet de discerner les finalités, les limites et les conséquences humaines de l’action.
Une personne peut être remarquablement intelligente et prendre des décisions moralement désastreuses.
Elle peut maîtriser les techniques de manipulation politique sans posséder le sens du bien commun.
Elle peut savoir conquérir une fonction sans comprendre comment l’exercer au service de la société.
C’est pourquoi la politique exige davantage qu’une intelligence académique.
Elle demande une intelligence éclairée par la conscience.
Une capacité de renoncement.
Une maîtrise des passions.
Un sens de la justice.
Une disposition à reconnaître ses limites.
Et une aptitude à placer l’intérêt général au-dessus des ambitions personnelles.
Dans ma compréhension spirituelle de la vie, cette exigence rejoint la nécessité d’une conscience constamment interrogée devant Dieu. Mais la spiritualité ne devrait jamais servir à soustraire un dirigeant à l’examen rationnel de ses décisions.
La foi ne remplace pas la compétence.
La prière ne dispense pas de la préparation.
La conviction religieuse n’autorise pas l’arbitraire.
La sagesse spirituelle devrait rendre le pouvoir plus humble, plus responsable et plus attentif à la dignité humaine.
XII. Le rôle des responsables religieux face au pouvoir
Je suis particulièrement préoccupé par l’attitude de certains responsables religieux lorsqu’ils s’approchent des détenteurs du pouvoir.
Il peut leur arriver de confondre proximité politique et faveur divine.
De présenter une nomination comme une consécration spirituelle.
D’encenser des personnalités sans examiner leurs actes.
Ou de transformer leur autorité morale en instrument de légitimation politique.
Cette confusion est dangereuse.
La mission spirituelle ne devrait pas consister à sanctifier les privilèges des puissants.
Elle devrait contribuer à rappeler les exigences de vérité, de justice, d’humilité et de responsabilité.
Un responsable religieux peut dialoguer avec le pouvoir.
Il peut conseiller un dirigeant.
Il peut soutenir une politique bénéfique à la population.
Mais il doit conserver suffisamment d’indépendance pour dénoncer une injustice, même lorsqu’elle est commise par celui qui lui accorde des faveurs.
Une autorité spirituelle qui perd sa liberté devant le pouvoir risque de perdre également sa capacité à éclairer la conscience publique.
XIII. La Deuxième République : distinguer les compétences politiques de la qualité du régime
Je voudrais également revenir sur un aspect de notre histoire.
Nous pouvons critiquer, à juste titre, les dérives autoritaires de la Deuxième République.
La concentration du pouvoir, la répression politique, les pratiques de prédation et les faiblesses économiques qui ont marqué cette période ne doivent pas être minimisées.
Mais l’analyse historique exige de reconnaître que le régime de Mobutu a également mobilisé des personnalités dotées d’une expérience politique, administrative et diplomatique parfois considérable.
Certains responsables possédaient une connaissance approfondie des mécanismes du pouvoir, des rapports internationaux et des équilibres institutionnels.
Cette compétence politique ne saurait justifier les dérives du régime. Elle nous rappelle cependant une distinction essentielle.
On peut maîtriser les techniques du pouvoir sans orienter cette maîtrise vers le développement national.
La Deuxième République illustre précisément cette contradiction.
Une grande habileté politique peut contribuer à la longévité d’un régime sans garantir la prospérité durable du pays.
Le véritable progrès ne consiste donc pas seulement à retrouver des stratèges capables de comprendre le pouvoir. Il consiste à former des dirigeants capables de mettre cette intelligence au service de la République.
XIV. Pourquoi notre classe politique doit être profondément repensée*
Je considère que la qualité des ressources humaines engagées dans la vie politique congolaise mérite une évaluation sérieuse.
Non pas pour condamner indistinctement tous ceux qui exercent une fonction publique.
Mais parce que les exigences de la gouvernance moderne sont devenues considérables.
Un ministre doit comprendre son secteur.
Un mandataire public doit maîtriser les principes de gestion.
Un conseiller stratégique doit posséder une capacité d’analyse et d’anticipation.
Un responsable politique doit connaître les institutions et les limites de son autorité.
Un dirigeant doit pouvoir s’entourer de compétences différentes et organiser leur contribution.
Nous ne pouvons continuer à confondre nomination et qualification.
Nous ne pouvons considérer que la proximité avec un chef suffit à préparer une personne aux responsabilités.
Nous ne pouvons davantage accepter que les fonctions publiques deviennent des lieux d’apprentissage improvisé au détriment des populations.
La politique doit redevenir un espace de préparation, de compétence et de responsabilité.
Le pays ne doit pas servir de laboratoire aux ambitions de personnes qui n’ont pas suffisamment appris à mesurer les conséquences de leurs décisions.
XV. Il faut réhabiliter la crainte de la responsabilité politique
Je souhaite que cette réflexion conduise ceux qui aspirent au pouvoir à davantage de prudence.
Non pas à une peur paralysante. Mais à une conscience profonde de la gravité de leur engagement.
Il faut que celui qui ambitionne de devenir ministre comprenne qu’il accepte de répondre des résultats de son département.
Que celui qui souhaite diriger une entreprise publique sache qu’il devra justifier ses décisions.
Que celui qui aspire à la présidence mesure les conséquences nationales de ses choix.
Que celui qui veut exercer une fonction politique accepte la contradiction, le contrôle et l’obligation de rendre compte.
Il ne s’agit pas de transformer la politique en un univers réservé à quelques initiés.
Une démocratie doit demeurer ouverte aux citoyens de toutes les origines sociales. Mais cette ouverture doit s’accompagner d’une exigence de préparation et de responsabilité.
L’accès aux fonctions politiques doit rester démocratique ; leur exercice doit devenir rigoureusement responsable.
La crainte salutaire du pouvoir n’est pas celle de la violence ou de la vengeance. C’est la conscience qu’une erreur grave, une faute intentionnelle ou un abus peuvent entraîner des conséquences humaines, politiques et juridiques considérables.
XVI. La politique doit cesser d’être une promesse de jouissance
Notre société doit également modifier son regard sur la réussite politique.
Un responsable public ne devrait pas être admiré principalement pour son véhicule.
Son escorte.
Sa résidence.
Ses voyages.
Son influence.
Ou les avantages associés à sa fonction.
Il devrait être jugé sur ce qu’il apporte à la collectivité.
Combien d’institutions a-t-il améliorées ?
Quels problèmes a-t-il résolus ?
Quelles capacités a-t-il développées ?
Quelles politiques a-t-il rendues plus efficaces ?
Quelles ressources publiques a-t-il préservées ?
Quelles possibilités nouvelles a-t-il ouvertes aux générations futures ?
La fonction politique ne devrait pas être une destination sociale.
Elle devrait être un moyen temporaire de servir.
Celui qui considère le pouvoir comme le sommet de sa réussite personnelle risque d’oublier que, pour la nation, ce pouvoir n’est que le commencement de ses obligations.
Conclusion : la politique doit redevenir une œuvre de sagesse et de civilisation
Je ne considère pas la politique comme une activité mauvaise en elle-même. Au contraire.
Elle est l’une des plus nobles responsabilités humaines lorsqu’elle permet d’organiser la société, de protéger les citoyens, de prévenir les conflits et de créer les conditions du progrès.
Mais elle devient particulièrement dangereuse lorsqu’elle est abandonnée à l’improvisation, à l’ignorance, à l’orgueil, à la cupidité et à la recherche obsessionnelle de sa propre conservation.
Le véritable danger n’est donc pas seulement la puissance du pouvoir.
C’est la puissance du pouvoir entre les mains de personnes insuffisamment préparées à en comprendre les limites.
Voilà pourquoi j’appelle à une transformation profonde de notre culture politique.
Nous devons former des dirigeants capables de penser avant d’agir.
D’écouter avant de décider.
D’anticiper avant de réagir.
De s’entourer de compétences plutôt que de courtisans.
De reconnaître leurs erreurs.
De respecter les institutions.
Et de considérer le peuple comme la finalité de leur mission.
Je voudrais surtout que les jeunes qui s’intéressent à la politique comprennent qu’ils ne s’approchent pas simplement d’un espace de privilèges.
Ils s’approchent d’une responsabilité dont les conséquences peuvent engager la vie de millions de personnes.
Qu’ils ne recherchent donc pas d’abord la proximité des puissants.
Qu’ils recherchent la connaissance.
Qu’ils cultivent la sagesse.
Qu’ils apprennent à servir.
Qu’ils développent leur discernement.
Qu’ils comprennent l’histoire.
Et qu’ils se préparent à exercer l’autorité sans se laisser dominer par elle.
La politique est trop sérieuse pour être abandonnée aux seuls ambitieux, trop complexe pour être confiée aux seuls diplômés et trop dangereuse pour être exercée sans conscience.
Une nation peut survivre à l’insuffisance de certains de ses dirigeants. Mais elle ne peut durablement prospérer si elle transforme l’impréparation politique en méthode ordinaire de gouvernance.
Le véritable homme d’État n’est pas celui qui sait seulement conquérir et conserver le pouvoir. C’est celui qui possède suffisamment d’intelligence pour comprendre son époque, suffisamment de courage pour prendre les décisions nécessaires et suffisamment de sagesse pour ne jamais sacrifier sa nation à son propre destin.
Et c’est précisément cette alliance entre intelligence, conscience et sagesse qui doit désormais devenir notre exigence fondamentale dans la gouvernance de la République démocratique du Congo.
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