Luc AloumaLuc Alouma

Par Luc Alouma 

Notre pays, la République démocratique du Congo, n’a plus seulement besoin d’un dialogue politique classique comme ceux organisés à répétition depuis des décennies. Ces rencontres, souvent limitées aux calculs de partage du pouvoir, aux arrangements de circonstance ou aux repositionnements institutionnels, n’ont jamais réussi à traiter le cœur véritable du problème congolais.

Ce dont le Congo a besoin aujourd’hui, c’est d’un véritable dialogue de réconciliation nationale.

Un dialogue capable non seulement de rapprocher les acteurs politiques, mais surtout de guérir les fractures psychologiques, historiques et institutionnelles qui paralysent durablement l’État et empêchent toute stabilité profonde.

Les quatre grands axes conflictuels de la vie politique congolaise actuelle

Pour espérer une stabilisation durable du pays, quatre grands axes politiques et psychologiques doivent impérativement être réconciliés :

– Martin Fayulu

– Félix Tshisekedi

– Jean-Pierre Bemba

– Joseph Kabila

Ce choix ne signifie nullement que les autres acteurs politiques soient négligeables. Au contraire, toute force patriotique sincère doit avoir sa place dans un processus de reconstruction nationale. Aucun maillon, même modeste, ne peut être ignoré lorsqu’il contribue à la paix collective.

Le Congo est immense. Plus de 90 % de son espace souffre encore d’un déficit d’administration efficace, d’infrastructures et d’intégration économique réelle. Dans un tel contexte, il existe du travail pour tous si l’objectif commun devient enfin le développement national plutôt que la conquête ou la conservation du pouvoir.

Mais les personnalités précitées incarnent chacune, à des degrés différents, des blessures historiques devenues des pôles de tensions permanentes dans l’imaginaire politique congolais.

Des trajectoires marquées par les blessures politiques

# Jean-Pierre Bemba a connu une longue détention internationale qui a profondément affecté sa trajectoire politique et son image publique.

# Félix Tshisekedi a grandi dans l’héritage d’une opposition historique longtemps marginalisée et combattue, portant le poids politique et symbolique du combat de son père.

# Martin Fayulu demeure, pour une large partie de l’opinion, le symbole d’une frustration électorale majeure et d’un sentiment d’injustice démocratique non résolu.

# Joseph Kabila, quant à lui, se retrouve aujourd’hui dans une posture particulièrement délicate, confronté à des poursuites, à des accusations et à une hostilité croissante malgré l’alternance politique qu’il avait lui-même contribué à rendre possible.

Tous ont été, à un moment donné, acteurs, victimes ou bénéficiaires des contradictions du système politique congolais. Aucun n’est totalement irréprochable, mais aucun ne peut non plus être réduit à une caricature simpliste.

L’enjeu aujourd’hui n’est pas de rouvrir indéfiniment les procès du passé, mais d’empêcher que les blessures accumulées ne continuent à empoisonner l’avenir collectif.

La RDC souffre d’une démocratie conflictuelle et inachevée

Le véritable problème du Congo réside peut-être dans le fait que notre démocratie fonctionne encore selon une logique d’exclusion plutôt que d’intégration nationale.

Le système politique actuel crée :

– des vainqueurs absolus ;

– des vaincus humiliés ;

– des frustrations permanentes ;

– des fidélités opportunistes ;

– des transhumances politiques ;

– du clientélisme ;

– du népotisme ;

– des loyautés artificielles et circonstancielles.

Pendant que certains accèdent aux privilèges de l’État, d’autres sont rejetés, marginalisés, insultés, diabolisés, parfois criminalisés ou considérés comme des ennemis irréconciliables.

Un tel système porte en lui-même les germes des crises futures.

Or, le Congo ne dispose pas réellement de grands courants idéologiques structurés appelés à s’affronter comme dans certaines démocraties occidentales. Nos conflits sont rarement doctrinaux ; ils sont essentiellement liés :

– à la conquête du pouvoir ;

– à l’accès aux ressources ;

– à la survie politique ;

– à la peur de l’exclusion.

Notre véritable idéologie commune devrait pourtant être simple : le développement national.

Passer d’une logique de conquête à une logique de construction

Le Congo ne pourra se relever durablement que lorsqu’il abandonnera la logique du pouvoir pour le pouvoir afin d’entrer dans une logique de construction collective.

Cela suppose :

– des règles impersonnelles ;

– des institutions crédibles ;

– une gouvernance transparente ;

– une participation ouverte des différentes sensibilités nationales ;

– un esprit de collaboration plutôt que d’élimination.

Très souvent, le refus d’associer d’autres compétences ou sensibilités cache malheureusement :

– des intérêts inavoués ;

– des mécanismes de concussion ;

– des réseaux de corruption ;

– ou des avantages politiques personnels.

La transparence authentique pousse naturellement à l’ouverture, car celui qui travaille réellement pour l’intérêt général n’a pas peur du regard contradictoire.

Même sans réforme constitutionnelle immédiate, il appartient déjà au Président de la République d’impulser une culture politique nouvelle fondée sur l’inclusion ; le respect mutuel ; la concertation sincère ; et la reconnaissance des différentes légitimités nationales.

La responsabilité morale des élites spirituelles

Il faut également reconnaître avec lucidité qu’une partie des élites religieuses a malheureusement échoué à jouer pleinement son rôle historique de médiation morale et de réconciliation nationale.

Au lieu d’élever le débat vers la vérité ; la paix ; le pardon ; la justice ; et la responsabilité collective, certains acteurs religieux se sont parfois enfermés dans :

– les alliances opportunistes ;

– la recherche d’avantages matériels ;

– les positionnements partisans ;

– les prophéties sensationnalistes ;

– ou les rivalités de camps politiques.

Dans certains cas, religion et politique finissent par former un espace de confusion où les intérêts personnels remplacent la mission spirituelle et patriotique.

Or, un peuple blessé a besoin de voix capables d’apaiser les consciences et non d’alimenter les fractures.

Une réconciliation avant le développement

Le Congo ne manque ni d’intelligence, ni de ressources, ni de potentiel humain. Ce qui lui manque profondément, c’est une réconciliation sincère avec lui-même.

Aucun développement durable ne pourra émerger dans un climat :

– de suspicion permanente ;

– de règlements de comptes ;

– de vengeance politique ;

– de frustrations accumulées ;

– et de guerres psychologiques entre élites.

Le développement exige la stabilité ; la confiance ; la coopération ; la vérité ;

et une vision collective du destin national.

La RDC doit désormais choisir : continuer à reproduire les cycles de confrontation hérités du passé, ou entrer enfin dans une ère nouvelle où la grandeur du pays primera sur les rivalités des hommes.

loucasalouma@yahoo.fr

By amedee

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