C’est un maigre bilan qu’on peut dresser pour la première année du Gouverneur André Wameso à la Banque centrale du Congo. Le système financier congolais n’a pas connu de transformation quelconque. Le nouveau patron de l’Institut d’émission n’a pas pu favoriser l’interopérabilité des acteurs de mobile money. Il n’a pas non plus pu stimuler l’innovation financière alors que la RDC en a tant besoin. De même, rien de remarquable, sous ce l’An 1 de Wameso, n’a pu être fait pour promouvoir l’inclusion financière dans le pays. Quant à la dédollarisation de l’économie congolaise, ici aussi le chantier intact. Cependant , le seul fait noté reste cette appréciation, du reste jugée artificielle par beaucoup d’experts, de 29% du franc congolais par rapport à la devise américaine.
Le 4 août 2026, André Wameso a consommé sa première année comme gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC). Il y a une année donc qu’il remplaçait Marie France Malangu Kabedi Mbuyi à la tête de l’Institut d’émission. Dès le jour de sa prise de fonction, André Wameso avait annoncé son principal chantier : Travailler pour que les Congolais reprennent confiance dans la monnaie nationale, le franc congolais.
Une année après, ce chantier est intact. Les Congolais n’ont pas repris leur confiance dans le franc congolais. Les chiffres de la Banque centrale du Congo renseignent que les dépôts et les crédits dans les banques commerciales en RDC se font toujours en grande majorité dans la devise américaine, le dollar. Ce, malgré que le franc congolais, par l’action de l’actuel Gouverneur de la BCC, s’est apprécié sur le marché de change, passant de 2850 francs congolais pour 1 dollar américain à 2300 francs congolais pour 1 dollar actuellement.
Selon la dernière note de conjoncture économique de la Banque centrale, à fin juin 2026, la part des dépôts en monnaie nationale dans les banques commerciales représentait 11,7% contre 88,3% pour ceux en dollars américains. Et depuis la période d’appréciation du franc congolais, soit de septembre 2025 à fin juin 2026, on observe que la part des dépôts en franc congolais nage en moyenne autour 12 % contre 88% pour ceux en dollars américains. Du côté des crédits, le constat reste le même et dans les mêmes proportions de parts. Autant dire que l’appréciation de la monnaie nationale n’a pas encore convaincu les agents économiques, en général, et les Congolais, en particulier, à utiliser plus le franc congolais en lieu et place de la devise américaine.

En effet, le dollar reste le roi dans toutes les transactions en République démocratique du Congo. Pendant que le franc congolais peine toujours à remplir les trois fonctions principales d’une monnaie : unité de compte, reserve de valeur et intermédiaire des échanges.
L’embellie des cours de minerais n’a eu aucun effet sur l’accroissement des réserves de change !
En ce qui concerne les réserves internationales de la République démocratique du Congo. On observe que depuis que le Wameso trône à la Banque centrale, ces réserves de change stagnent alors que les minerais d’exportation de la RDC ont connu une embellie considérable depuis une année . A son arrivée, le 4 août 2025, les réserves internationales de la RDC étaient de l’ordre de 7,7 milliards USD, représentant 2,94 mois d’importations des biens et services sur ressources propres du Gouvernement. Au 23 juillet 2026, ce matelas financier de la République affichait un volume de 7,719 milliards USD. Depuis la prise de fonction de Wameso, les réserves internationales de la RDC ont connu un pic de 8,267 milliards USD le 2 juillet 2026, avant de retomber très vite après. Ce pic a été atteint suite au décaissement par le FMI de 358,5 millions USD, dans le cadre de la troisième revue FEC et deuxième revue FRD.
Pour autant, il est inexplicable que les réserves internationales de la RDC puissent stagner alors que ses produits d’exportation ont connu de hausse considérable pendant la même période. Tenez, le cuivre est passé de 9.000 USD la tonne à 13.500 USD la tonne aujourd’hui sur le marché international. En une année, les cours du cuivre ont bondi de 37%. Le prix de l’or a accru aussi de 23% en glissement annuel. Quant au cobalt, son prix a augmenté de 70% en glissement annuel. Dès lors, il est intriguant que les réserves internationales de la RDC n’ait pas connu d’accroissement proportionnel.
Cette stagnation des réserves de change du pays s’explique notamment par le fait que le management d’André Wameso les utilise à outrance pour maintenir artificiellement bas le taux de change de la monnaie nationale sur le marché de change, au grand dam des partenaires financiers et techniques de la RDC.
Dans son rapport économique publié au premier trimestre 2026 sur la situation économique de la RDC, la Banque mondiale avait recommandé expressément à la BCC de laisser « plus de flexibilité » au franc congolais en vue de maintenir un cadre macroéconomique stable, solide et durable.
De son côté, le FMI, dans sa deuxième revue sur le programme FEC en janvier 2026, avait recommandé l’Institut d’émission de poursuivre la politique d’accumulation des réserves de change en RDC. « La poursuite des efforts d’accumulation des réserves de change, tout en préservant le rôle du taux de change comme amortisseur de chocs, demeure essentielle pour renforcer la résilience extérieure », notait le FMI dans son rapport.
Visiblement, l’actuel patron de la BCC fait fi de ces conseils et continue à utiliser massivement les réserves internationales du pays pour soutenir le taux de change du franc congolais. Rappelons que la RDC a opté pour un taux de change flottant du franc congolais sur le marché de change.
A quand l’innovation ?
La RDC continue de faire du surplace dans la digitalisation des systèmes de paiement, retardant ainsi les avantages inhérents. Le pays vient de passer une année dans le vide car rien n’a été fait pour notamment réaliser l’interopérabilité des messageries financières. Les quatre opérateurs économiques de mobile money (Mpsa, Orange money, Airtel money, Afrimoney) continuent de fonctionner chacun à vase clos, bloquant ainsi l’intégration financière. Ce qui pénalise non seulement le développement des transactions commerciales mais aussi les utilisateurs confrontés à des frais de transaction très élevés. En RDC, les utilisateurs de mobile money doivent multiplier les comptes ou se déplacer physiquement chez les différents agents pour retirer du cash. Une corvée que la Banque centrale, en tant que régulateur du système financier, semble impuissante à dispenser les Congolais présentement.
A (RE) Lire : BCC : Voici les 5 grands chantiers qui attendent André Wameso
Dans ce contexte, la RDC fait face à l’isolement des écosystèmes de paiement. Chaque opérateur protège sa propre base d’abonnés au lieu de stimuler une concurrence ouverte par la qualité des services. Ainsi, le pays continue à prendre du retard dans l’inclusion financière et même numérique. Ce qui forcément freine l’émergence des nouvelles fintechs locales, car ces startups ne peuvent pas s’appuyer sur un réseau unifié et instantané.
Dans sa première année à la BCC, André Wameso n’a pas su faire émerger un environnement où les banques commerciales, les opérateurs de mobile money, les fintechs, y compris les régulateurs, travaillent ensemble pour rendre les paiements plus accessibles, abordables et inclusifs en RDC.
A ce jour, des défis majeurs persistent tant pour l’inclusion financière que pour la numérisation de tous les systèmes de paiement. La RDC continue à faire face à la fragmentation des acteurs. Les standards techniques sont encore disparates, non sans oublier les coûts élevés des transactions, la faible adoption des solutions numériques par certaines institutions, et un cadre réglementaire parfois complexe ou sujet à interprétation. De l’avis des experts, ces contraintes freinent le potentiel de l’Open Finance et limitent la capacité des fintechs et autres acteurs à proposer des modèles d’affaires viables, transparents et alignés avec les attentes des consommateurs.
Amédée Mwarabu
