Les réserves internationales de la République démocratique du Congo sont un patrimoine du peuple congolais confié à la gestion de la Banque centrale du Congo. De ce fait, la gestion de ce matelas financier doit se faire de manière transparente et avec efficience. Au cours du mois de mai 2026, en l’espace de trois semaines, ce matelas financier s’est dégonflé de 526 millions USD. La Banque centrale du Congo n’a pas daigné expliquer les raisons de cette chute brutale. Tendons-nous vers une gestion opaque d’un patrimoine national que sont les réserves internationales du pays, sous André Wameso ? Par ailleurs, malgré l’embellie sur le marché international de nos principaux produits d’exportation (cuivre, cobalt et or) observée ces derniers mois, il est intriguant de constater que les réserves des changes de la RDC baissent en lieu et place d’augmenter significativement.
A peine qu’il a été applaudi pour avoir haussé les réserves internationales de la République démocratique du Congo jusqu’à dépasser la barre de 8 milliards USD, en les établissant à exactement à 8,046 milliards USD à la date du 6 mai 2026, le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, intrigue plus d’un Congolais par sa façon de gérer ce coussin financier de la République. En effet, les réserves de change ont chuté de 526 millions USD en l’espace de trois semaines, passant de 8,046 milliards USD à 7,520 milliards USD à la date du 28 mai 2026, soit un niveau représentant à peine 2,87 mois d’importations de biens et services sur ressources propres.
En effet, les réserves internationales de la RDC ont commencé à fondre à 7 milliards 932,34 millions USD à la date du 13 mai 2026, soit une baisse hebdomadaire de 91,4 millions USD en une semaine ; puis à 7 milliards 653,61 millions USD à la date du 22 mai 2026, avant de tomber à 7,52 milliards USD le 28 mai 2026.
Pendant ce temps, il n’y a eu aucun communiqué de la Banque centrale du Congo pour expliquer le pourquoi de cette baisse brutale des réserves internationales de la République démocratique du Congo en l’espace de trois semaines durant le mois de mai 2026.
L’on sait que depuis son avènement à la tête de l’Institut d’émission, André Wameso a réussi à maintenir la stabilité du franc congolais sur le marché de change par des injections récurrentes des devises en dollar afin de calmer la surchauffe. Pourtant, cette politique n’a donné aucun résultat durable depuis une dizaine d’années en RDC. Puisque le franc congolais a continué à se déprécier face aux autres devises et principalement au dollar américain malgré les interventions de la BCC.
A (RE) Lire : Les réserves internationales de la RDC ont chuté de 572 millions USD depuis l’avènement d’André Wameso à la BCC
Rappelons que Wameso a trouvé, les 4 août 2025, les réserves des changes de la RDC à hauteur de 7 milliards 700,16 millions USD représentant 2,94 mois d’importation des biens et services sur ressources propres du pays. En dix mois à la tête de la BCC, l’ancien directeur de cabinet adjoint du président de la République n’a pas réussi du tout à hausser significativement ces réserves internationales du pays.
Pourtant, les principaux produits d’exportation de la RDC (cuivre, cobalt, or) connaissent une embellie sur le marché international depuis qu’il est aux commandes de la Banque centrale. Le prix du cuivre a augmenté de 46,4 % ces douze derniers mois. Celui du cobalt de 68,4 % depuis une année. Quant à l’once d’or, elle a accru de 36,7 % sur douze mois. Cette hausse des cours des minerais exportés par la RDC devrait logiquement accroitre significativement les réserves internationales de la RDC. Ce qui n’est pas le cas.

L’ancienne Gouverneur de la BCC, Marie France Malangu Kabedi Mbuyi (juillet 2021 à aout 2025), a eu le mérite d’accroitre sensiblement les réserves internationales de la RDC qui sont passées de 1,4 milliard USD à 7,7 milliards USD, soit plus de 6 milliards USD accumulés durant son mandat.
Et donc, il est légitime de se poser la question « Que fait André Wameso des réserves internationales de la République ?
Dans son rapport économique publié au premier trimestre 2026 sur la situation économique de la RDC, la Banque mondiale avait recommandé expressément à la BCC de laisser « plus de flexibilité » au franc congolais en vue de maintenir un cadre macroéconomique stable, solide et durable. Ce qui est essentiel pour renforcer la stabilité dans le pays.
La Banque mondiale estimait donc, dans son rapport, qu’atteindre ces objectifs ne se ferait pas sans « Assurer la stabilité des prix et la confiance dans le franc congolais en renforçant la crédibilité de la BCC, en autorisant une plus grande flexibilité du taux de change et en dédollarisant progressivement l’économie ».
« Plus de flexibilité du taux de change » appelle la BCC à s’activer dans la libéralisation du marché des changes selon le régime de taux flottant pour lequel la RDC a opté. Ceci implique de réduire les interventions directes et laisser le taux de change refléter davantage la loi de l’offre et de la demande de devises. Les interventions ciblées de la BCC ne devraient être actionnées qu’en cas d’options excessives pour réduire les fluctuations, plutôt que pour défendre un niveau spécifique du taux de change.
De son côté aussi, le FMI, dans sa deuxième revue sur le programme FEC en janvier 2026, avait recommandé l’Institut d’émission de poursuivre la politique d’accumulation des réserves de change en RDC. « La poursuite des efforts d’accumulation des réserves de change, tout en préservant le rôle du taux de change comme amortisseur de chocs, demeure essentielle pour renforcer la résilience extérieure », notait le FMI dans son rapport.
Il apparait net que le gouverneur André Wameso rame à contrecourant avec sa politique monétaire, faisant fi des recommandations des partenaires techniques et financiers, en l’occurrence la Banque mondiale et le FMI. Pire, il ne veut pas tirer les leçons des échecs passés quant à la stabilité du franc congolais à moyen et long terme.
Jusqu’ici, le Gouverneur André Wameso ne s’est pas attaqué aux causes profondes de la dépréciation du franc congolais que sont notamment le non rapatriement des devises d’exportation et le non respect de la chaine de la dépense publique.
Amédée Mwarabu

