José BakimaJosé Bakima

FAUSSES PRÉMISSES ÉCONOMIQUES POUR UN DÉVELOPPEMENT SANS AVENIR (Troisième partie)

PAR JOSE M. BAKIMA DMV, MSc, PhD

L’histoire économique du Congo a longtemps été écrite par d’autres.

D’abord par les explorateurs.

Puis par les compagnies concessionnaires.

Puis par les puissances coloniales.

Puis par les marchés internationaux.

Et presque toujours selon la même logique :

Le Congo était défini par ce qu’il possédait.

Caoutchouc.

Ivoire.

Cuivre.

Diamants.

Cobalt.

Coltan.

Or.

Pétrole.

Bois.

Toujours des ressources.

Rarement une civilisation.

Rarement un peuple.

Rarement une mission.

Le territoire était considéré comme un réservoir. Jamais comme un héritage. Cette vision a profondément marqué les représentations. Même après l’indépendance.

Le pays continua souvent à être pensé comme un espace d’extraction.

Les partenaires extérieurs cherchaient des ressources.

Les élites nationales cherchaient à contrôler les ressources.

Les conflits portaient sur les ressources.

Les politiques économiques visaient les ressources.

Tout semblait tourner autour de l’extraction.

Pourtant une question demeure.

Et si la véritable richesse du Congo n’était pas ce qu’il contient dans son sous-sol ?

Et si sa richesse la plus précieuse était ce qui lui permet de durer ?

Car lorsqu’on observe le territoire congolais à l’échelle du temps long, une réalité apparaît.

Le Congo possède l’un des plus grands patrimoines de continuité du vivant sur la planète.

Le bassin du Congo.

Ses forêts.

Ses fleuves.

Ses zones humides.

Sa biodiversité.

Ses terres agricoles.

Ses cultures.

Ses langues.

Ses savoirs.

Ses traditions.

Tout cela représente davantage qu’un capital économique.

Tout cela constitue un patrimoine civilisationnel.

Le Congo apparaît alors sous un jour nouveau.

Non plus comme un simple État extractif.

Mais comme un État gardien.

La différence est immense.

L’État extractif cherche principalement à exploiter.

L’État gardien cherche d’abord à préserver les conditions de continuité.

L’État extractif pense en termes de ressources.

L’État gardien pense en termes de patrimoine.

L’État extractif raisonne en revenus.

L’État gardien raisonne en transmission.

L’État extractif mesure la richesse produite cette année.

L’État gardien mesure également la richesse qui existera encore dans cent ans. Cette transformation représente probablement l’un des plus grands défis du XXIe siècle. Car les ressources naturelles les plus importantes de la planète se trouvent souvent dans des pays qui furent historiquement intégrés à l’économie mondiale comme fournisseurs de matières premières.

Le Congo constitue l’exemple le plus spectaculaire de cette contradiction.

Plus il est riche en patrimoine naturel.

Plus la tentation est grande de le convertir rapidement en revenus immédiats.

Or cette logique comporte une limite.

Une forêt détruite ne repousse pas en quelques années.

Une biodiversité disparue ne se reconstitue pas facilement.

Une langue oubliée ne renaît pas spontanément.

Une institution détruite exige parfois plusieurs générations pour être reconstruite.

La continuité du vivant possède ses propres temporalités.

Elle ne suit pas les rythmes du marché.

Elle ne suit pas les échéances électorales.

Elle ne suit pas les fluctuations boursières.

Elle suit le temps long.

Le Congo se trouve donc devant une responsabilité historique exceptionnelle.

Non seulement envers lui-même.

Mais envers l’Afrique.

Et peut-être envers l’humanité entière.

Car une partie importante des équilibres écologiques futurs de la planète dépendra du destin du bassin du Congo.

Mais cette responsabilité écologique n’est qu’une partie de la question.

Il existe également une responsabilité civilisationnelle.

Le Congo conserve encore des traditions de relation au vivant que le monde moderne a parfois oubliées.

Des traditions fondées sur la limite.

Sur la transmission.

Sur la responsabilité.

Sur l’équilibre.

Sur le respect des générations futures.

Ces traditions ne doivent pas être idéalisées.

Mais elles contiennent des intuitions dont le monde contemporain a un besoin croissant.

Ainsi se dessine progressivement une nouvelle mission historique.

Le Congo ne doit pas seulement devenir un producteur de richesses.

Il doit devenir un gardien de continuité.

Cette mission ne s’oppose pas au développement.

Elle lui donne une direction.

Car un pays peut extraire sans transmettre.

Mais il ne peut durer sans transmettre.

Le véritable développement du Congo ne consistera donc pas seulement à exploiter davantage. Il consistera à augmenter sa capacité de préserver, de régénérer et de transmettre.

Préserver son patrimoine.

Régénérer ses institutions.

Transmettre ses savoirs.

Renforcer ses capacités.

Préparer les générations futures.

À ce moment-là, le Congo cessera progressivement d’être un territoire d’extraction.

Il deviendra ce qu’il a toujours eu vocation à être :

un territoire de continuité.

Et peut-être est-ce là le véritable sens de sa mission historique.

Non pas posséder davantage.

Mais transmettre davantage.

Non pas consommer davantage.

Mais préserver davantage.

Non pas simplement produire de la richesse.

Mais produire de l’avenir.

Car les grandes Nations ne se distinguent pas seulement par ce qu’elles extraient.

Elles se distinguent par ce qu’elles lèguent.

Et l’histoire jugera le Congo sur cette question :

qu’aura-t-il transmis au monde après avoir reçu un patrimoine aussi exceptionnel ?

 

By amedee

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