Des déplacés internes en RDC. Photo d'illustrationDes déplacés internes en RDC. Photo d'illustration

Par Sénateur Prof. Faustin Luanga

La dignité est le premier territoire d’une nation. Lorsqu’elle est affirmée, un peuple se construit. Lorsqu’elle est blessée, il vacille. Le Congo est un pays dont la dignité a été profondément atteinte — par l’histoire, par la violence, par l’humiliation, par la répétition des injustices. Mais cette blessure n’a pas détruit notre peuple. Elle l’a façonné. Elle a forgé une résilience rare, une force intérieure qui traverse les générations.

Notre histoire porte encore les traces d’une violence fondatrice. La colonisation n’a pas été une simple domination politique ; elle fut une entreprise de déshumanisation. Le corps congolais a été marqué, le territoire a été violé, la communauté a été fracturée. Et cette mémoire n’a jamais été pleinement reconnue. Nous n’avons pas eu de réparation symbolique, pas de travail de vérité, pas de reconnaissance officielle des crimes. Nous avons avancé, mais sans guérir.

L’indépendance aurait pu être une renaissance. Elle fut, pour une large part, une répétition des violences antérieures. L’assassinat de Lumumba, les sécessions, les coups d’État, les guerres, les pillages ont prolongé la logique de domination. La violence est devenue une continuité, parfois même une habitude. Elle s’est installée dans nos institutions, dans nos pratiques, dans nos imaginaires.

Aujourd’hui encore, la dignité blessée se manifeste dans le quotidien :
Dans l’humiliation de devoir payer pour un service public qui devrait être gratuit ;
dans l’injustice de voir les criminels protégés et les innocents abandonnés ;
dans la souffrance de vivre dans l’insécurité ;
dans la frustration de voir nos richesses profiter à quelques-uns ;
dans la fatigue morale de devoir se battre pour chaque droit élémentaire.

Et pourtant, malgré tout cela, le peuple congolais continue de vivre, de créer, de rêver. Notre résilience est une force. Elle se voit dans notre musique, dans notre humour, dans notre créativité, dans notre solidarité. Elle est une ressource stratégique pour la refondation du pays. Mais elle peut aussi devenir un piège si elle nous habitue à accepter l’inacceptable.

C’est pourquoi nous devons transformer notre blessure en force. Cela exige un travail de mémoire : reconnaître les crimes, documenter les violences, honorer les victimes, enseigner l’histoire. La mémoire n’est pas un fardeau ; elle est un fondement. Une nation qui ne regarde pas son passé en face ne peut pas construire un avenir solide.

Retrouver la dignité, c’est refonder le pays sur une éthique. Une éthique de vérité, de justice, de responsabilité. Une éthique qui refuse la corruption, l’impunité, le mensonge. Une éthique qui valorise le travail, la solidarité, la créativité. La dignité retrouvée doit devenir un projet politique, une boussole nationale.

La dignité blessée n’est pas une fatalité. Elle est un point de départ. Elle nous rappelle ce que nous avons perdu, mais aussi ce que nous pouvons retrouver. Elle nous oblige à la lucidité, mais elle nous ouvre à l’espérance. Le Congo pourra se refonder le jour où nous transformerons notre blessure en force, notre mémoire en sagesse, notre résilience en puissance.

Sénateur Prof Faustin Luanga 
(Extrait de mon livre (à paraître) : “Penser librement,  Exister pleinement – Appel à la conscience congolaise “). @Droits d’auteur protégés.

By amedee

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