PAR JOSE M. BAKIMA DMV, MSc, PhD
Depuis quelques mois, notre débat national semble avoir trouvé un nouveau centre de gravité : la réforme de la Constitution.
Les uns la souhaitent.
Les autres la refusent.
Les uns invoquent la nécessité de l’adapter aux réalités nouvelles.
Les autres craignent qu’elle ne fragilise davantage notre équilibre politique.
Le débat est légitime.
Dans toute démocratie vivante, aucune Constitution n’est sacrée ni immuable.
Mais une question me préoccupe.
Une question simple.
Une question que chaque Congolaise et chaque Congolais devrait se poser avant de choisir un camp.
Cette question est la suivante :
Un milliard de dollars pour un référendum, et après ?
Je ne demande pas si nous sommes pour ou contre la réforme.
Je demande ce que nous voulons construire ensemble.
Car une Constitution n’est pas un projet de société.
Elle n’est qu’un cadre.
Un outil.
Un instrument.
Aucune Constitution n’a jamais créé à elle seule des emplois.
Aucune Constitution n’a jamais construit une école.
Aucune Constitution n’a jamais produit un kilogramme de maïs.
Aucune Constitution n’a jamais électrifié un village.
Aucune Constitution n’a jamais nourri un enfant.
Les peuples prospèrent non parce qu’ils changent fréquemment leurs textes fondamentaux, mais parce qu’ils développent leurs capacités productives, leurs infrastructures, leur éducation, leur agriculture, leur industrie et leur cohésion nationale.
Notre pays traverse aujourd’hui des défis immenses.
L’Est reste meurtri par l’insécurité.
Des millions de jeunes cherchent un emploi.
Des écoles manquent de moyens.
Des centres de santé demeurent sous-équipés.
Des routes attendent encore d’être construites.
Des villages vivent sans eau potable ni électricité.
Dans ce contexte, chaque dollar public devrait être considéré comme sacré.
Car il représente le sacrifice du peuple.
Alors permettez-moi une autre question.
Que pourrait représenter un milliard de dollars investi dans :
l’agriculture familiale ;
les routes de desserte agricole ;
les écoles techniques ;
les centres de formation professionnelle ;
les barrages de proximité ;
les infrastructures sanitaires ;
la recherche scientifique ;
la transformation locale de nos matières premières ?
Combien de vies seraient transformées ?
Combien d’emplois seraient créés ?
Combien de jeunes retrouveraient espoir ?
Je ne prétends pas détenir toutes les réponses.
Mais je suis convaincu d’une chose :
Le véritable débat congolais ne devrait pas opposer ceux qui veulent changer la Constitution à ceux qui veulent la conserver.
Le véritable débat devrait porter sur le modèle de société que nous voulons léguer à nos enfants.
Nous devons sortir de la politique des textes pour entrer dans la politique des résultats.
Nous devons cesser de considérer la Constitution comme une destination.
Elle n’est qu’un véhicule.
La destination, c’est le développement humain.
La destination, c’est la sécurité.
La destination, c’est la dignité du peuple.
La destination, c’est la souveraineté économique.
La destination, c’est la paix.
Je n’appelle donc ni au boycott ni au soutien d’une réforme constitutionnelle.
J’appelle simplement à une prise de conscience collective.
Avant de nous demander quelle Constitution nous voulons, demandons-nous quel pays nous voulons.
Avant de modifier les règles, clarifions le projet.
Avant de compter les voix, comptons les priorités.
L’histoire jugera moins nos débats constitutionnels que notre capacité à améliorer concrètement la vie de nos concitoyens.
Car une nation ne se mesure pas à la longueur de sa Constitution.
Elle se mesure à la qualité de vie de son peuple.
Et c’est sur ce terrain que nous devrions tous être mobilisés.
Plus que jamais.

