Le PNUD (Programme des nations Unies pour le Développement) vient de publier une cartographie de la pauvreté en République démocratique du Congo. Ce document donne des pistes pour une meilleure politique publique en vue de lutter efficacement contre la pauvreté dans le pays.

Cette cartographie de la pauvreté en RDC du PNUD s’appuie sur le récent rapport du Gouvernement congolais, via le ministère du Plan, portant sur les conditions de vie des ménages en RDC. Selon ce rapport, la pauvreté en République démocratique du Congo reste massive (67,9% en 2025), hypothéquant l’atteinte de l’Objectif de développement durable (ODD) 1 d’ici 2030. Cette pauvreté est en outre profondément inégalitaire sur le plan territorial, avec des écarts marqués entre provinces, révélant une forte hétérogénéité spatiale.

Pour le PNUD, quatre provinces (Kwilu, Haut-Uélé, Tanganyika et Ka saï-Central) apparaissent comme prioritaires de manière robuste, car elles cumulent à la fois une très forte incidence de pauvreté et une contribution significative à la pauvreté nationale, notamment en raison de leur poids démographique. Le Kasaï-Central (79,82 %) et le Kwilu (79,24 %) illustrent cette réalité avec une intensité frappante, suivis de près par le Tanganyika (78,54 %), le Kasaï-Oriental (77,91 %) et le Nord-Ubangi (76,97 %). Dans ces régions, la pauvreté n’est pas seulement répandue : elle est structurelle, enracinée dans des contraintes économiques, infrastructurelles et parfois sécuritaires, souligne le PNUD.

À l’ouest, Kinshasa, avec une incidence de 52,63 %, apparaît comme une relative exception. Bien que la pauvreté y demeure importante, elle reste nettement inférieure à la moyenne nationale, traduisant les effets conjugués d’une forte concentration de l’activité économique et d’une centralité institutionnelle généra trice d’externalités et de rentes, le tout inscrit dans un 1. environnement urbain offrant davantage d’opportuni tés. Dans la même dynamique, des provinces comme le Kongo Central (60,38 %) ou encore le Lualaba (63,96 %) et le Haut-Katanga (65,59 %) affichent des niveaux également en deçà de la moyenne, souvent portés par des activités économiques structurées, notamment minières et commerciales/portuaires.

Entre ces deux extrêmes, la majorité des provinces, telles que l’Équateur (69,70 %), la Tshopo (72,91 %), le Sud-Ubangi (74,07 %) ou encore le Maniema (71,48 %), se situent dans une zone intermédiaire mais néanmoins préoccupante, toutes au-dessus de la moyenne nationale. Cette situation souligne une homogénéité dans la difficulté, où même les niveaux dits “intermédiaires” traduisent une pauvreté persistante.

En termes des réponses, le PNUD suggère des politiques combinant redistribution ciblée et stratégies de croissance locale, fondées sur des diagnostics infranationaux et orientées vers les provinces prioritaires. Elles sont essentielles pour réduire durablement la pauvreté et maximiser l’impact des interventions publiques et des partenaires.

Bien plus, l’action publique gagnerait à s’appuyer sur une allocation plus stratégique des ressources, fondée sur des évidences empiriques robustes et un renforcement des mécanismes de redistribution. Cela implique également de promouvoir des politiques favorisant une croissance plus inclusive au niveau provincial. À cet égard, insiste le PNUD, la réalisation de diagnostics de croissance infranationaux apparaît essentielle afin d’identifier et de lever les principales contraintes à l’investissement, à la productivité et à l’entrepreneuriat dans les provinces prioritaires.

Dans cette perspective, le PNUD appelle les partenaires techniques et financiers à aligner leurs interventions sur ces priorités territoriales, en s’appuyant sur des analyses rigoureuses pour maximiser l’impact de leurs actions.

En somme, avec une incidence nationale de pauvreté de 67,94 % et un indice de développement humain (IDH) de 0,522, plaçant le pays au 171e rang sur 193 selon le dernier Rapport mondial de développement humain du PNUD, la RDC accuse des retards notables au regard des ODD, et ce à au moins deux niveaux.

Premièrement, tout indique que le pays ne sera pas au rendez-vous de l’ODD 1, qui vise l’élimination de la pauvreté sous toutes ses formes à l’horizon 2030. Une étude menée par des chercheurs de l’Overseas Development Institute souligne qu’au mieux, la RDC ne pourrait atteindre qu’environ un quart de la cible fixée d’ici à cette échéance. Dans le même sens, une analyse conduite par des économistes de la Banque africaine de développement (BAD), en 2017, fondée sur une évaluation rigoureuse de la dynamique de la pauvreté en Afrique et en RDC en particulier, met en évidence un constat préoccupant : la RDC figure parmi les pays dont la trajectoire actuelle risque de freiner la performance globale de l’Afrique.

Deuxièmement, au-delà de ce tableau national déjà préoccupant, l’hétérogénéité marquée des situations provinciales constitue un défi majeur au principe fondamental des ODD consistant à « ne laisser personne de côté ». Les écarts importants observés entre provinces traduisent des inégalités territoriales profondes.

Amédée Mwarabu

 

By amedee

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *