Lors des Réunions de printemps du Groupe de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a présenté, le 15 avril 2026, la stratégie de la République démocratique du Congo visant à transformer les ressources hydriques du pays en moteur de développement économique, de création d’emplois et d’industrialisation. Intervenant à la conférence « Water Forward: Driving Jobs and Opportunities », elle a souligné que l’eau ne constitue plus uniquement un enjeu social ou environnemental, mais également un actif économique stratégique susceptible d’accélérer la transformation structurelle de l’économie congolaise.
La RDC concentre en effet plus de la moitié des réserves d’eau douce du continent africain, ce qui lui confère un avantage comparatif majeur dans un contexte mondial marqué par l’intensification des pressions sur les ressources hydriques. Dans la théorie économique du développement, les infrastructures hydriques jouent un rôle central dans l’amélioration du capital humain, de la productivité et de la compétitivité des économies. L’accès à l’eau potable réduit les coûts sanitaires, améliore les conditions de vie et favorise une meilleure allocation du temps de travail, notamment dans les zones urbaines et périurbaines.
Dans cette perspective, le gouvernement congolais prévoit un programme d’investissement estimé à 20 milliards de dollars afin de porter l’accès à l’eau potable à 60 % de la population d’ici à 2035. Cette stratégie vise non seulement à renforcer les infrastructures de distribution d’eau, mais également à stimuler l’activité économique à travers des effets multiplicateurs sur l’emploi, les services urbains et les activités productives locales. Selon les autorités, ces investissements pourraient générer plusieurs millions d’emplois directs et indirects, notamment dans les secteurs de la construction, des services publics et des infrastructures.
Parmi les projets emblématiques figure le programme « Kin Elenda », mis en œuvre à Kinshasa afin d’améliorer l’accès à l’eau pour près de trois millions de personnes. Au-delà de son impact social, ce type d’initiative peut produire des gains économiques significatifs à travers la réduction des maladies hydriques, l’amélioration de la productivité du travail et le renforcement de l’attractivité économique des centres urbains. En économie publique, ces investissements sont généralement considérés comme des infrastructures à fort rendement social, en raison de leurs externalités positives sur la santé, l’éducation et l’activité économique.
La stratégie gouvernementale repose également sur une articulation étroite entre les secteurs de l’eau et de l’énergie. Les autorités congolaises misent notamment sur le développement du projet Grand Inga, destiné à renforcer la production hydroélectrique et à soutenir l’industrialisation du pays. Cette approche traduit une volonté de valoriser les ressources hydriques non seulement comme facteur d’accès aux services de base, mais aussi comme levier de transformation industrielle et de souveraineté énergétique.
Enjeux économiques et perspectives
À travers cette initiative, la RDC cherche à se positionner comme un acteur stratégique des enjeux liés à l’eau, à l’énergie et au développement durable en Afrique. Toutefois, la réussite de cette ambition dépendra de plusieurs facteurs, notamment de la capacité des autorités à mobiliser durablement les financements nécessaires, à améliorer la gouvernance des infrastructures publiques et à renforcer les capacités institutionnelles de gestion du secteur hydrique.
Par ailleurs, les investissements massifs dans les infrastructures de l’eau nécessiteront un cadre de coordination efficace entre l’État, les partenaires techniques et financiers ainsi que les investisseurs privés. Dans les économies en développement, l’expérience montre que l’impact économique de ce type de projets dépend fortement de la qualité de la gouvernance, de la maintenance des infrastructures et de la soutenabilité des modèles de financement.
À moyen terme, la valorisation des ressources hydriques pourrait constituer un levier important de diversification économique pour la RDC, en soutenant à la fois l’urbanisation, l’industrialisation et la transition énergétique. Toutefois, l’enjeu central restera la capacité du pays à transformer cet avantage naturel en avantage économique durable, capable de générer une croissance inclusive et de renforcer la résilience de l’économie congolaise face aux défis climatiques et démographiques.
Congo Challenge N°8

