La Gécamines est à un tournant de son histoire. Après 129 ans d’exploitation, ce joyau de l’industrie minière congolaise se retrouve dans le bas-fond. Pour preuve, de 2023 à 2025, la Générale des carrières et des mines n’a produit aucune tonne de cobalt. Et de 2024 jusqu’à la fin de 2025, le tableau de production à la Gécamines est resté très sombre, avec zéro tonne de cobalt et zéro tonne de cuivre. C’est bien ça le bilan laissé par le Comité sortant. Ce, malgré tous millions de dollars collectés auprès des partenaires. Autant dire que le fossé est profond ! Ainsi, pour sortir cette industrie minière du gouffre, le président de la République a jugé nécessaire de nommer un nouveau staff management avec une mission claire : faire de la Gécamines une entreprise moderne, compétitive et capable de s’imposer dans un environnement international marqué par une forte concurrence et une exigence accrue en matière de responsabilité environnementale et sociale. C’est le challenge du duo Ngele-Baraka qui, depuis la prise de fonction début mars 2026, concocte une feuille de route devant permettre à cette entreprise du Portefeuille de l’État de remplir pleinement son objet social tout en définissant son nouveau modèle économique à l’aune de la transition énergétique.

L’industrie minière congolaise retient son souffle et attend voir ce que va effectivement devenir la Gécamines SA (La Générale des Carrières et des Mines) sous le mandat du nouveau staff management en poste depuis le 6 mars 2026. Ces nominations effectuées par le président de la République, Félix Tshisekedi, ont propulsé notamment Déogratias Ngele Masudi et Baraka Kabemba, respectivement Président du Conseil d’Administration (PCA) et Directeur général (DG) de la Gécamines SA. Le DG est secondé de deux adjoints Ludovic Monga, DGA en charge des Opérations minières et patrimoine géologique et Jack Masangu Amwanza, DGA en charge des Finances et des Participations. Leur tâche est la plus difficile car ils devront redonner, à la plus grande société minière congolaise, ses lettres de noblesse.

Dès sa prise de fonction, le PCA Ngele Masudi a compris les défis à relever dans une entreprise où la production est au point mort, avec zéro tonne de cuivre et de cobalt produite en 2025, sous l’ancien Comité de gestion. Ainsi, il s’est engagé, comptant sur l’ensemble des membres du Conseil d’Administration et les agents et cadres de la Gécamines, de mettre tous les moyens pour remplir pleinement l’objet social de la société. Il s’agit donc de relancer : la prospection, la recherche et l’exploitation des gisements miniers ; le traitement des substances minérales provenant de ces gisements ainsi que la transformation des produits provenant de ce traitement ; la commercialisation et la vente de ces substances, tant à l’état brut qu’après – traitement, et des produits de la transformation ; ainsi que les activités de développement, notamment dans les secteurs de l’élevage et de l’agriculture.

Bien plus, étant donné que la Gécamines incarne une part essentielle de la souveraineté économique nationale, l’Etat-actionnaire attend du nouveau management de l’entreprise non seulement à redéfinir le nouveau modèle économique de la Gécamines mais surtout à tout mettre en œuvre pour renforcer la gouvernance au sein de cette entreprise. Dans cet ordre, le duo Ngele-Baraka est attendu sur le respect strict des principes de la bonne gouvernance, la transparence dans la gestion et la reddition régulière des comptes, l’optimisation des partenariats, le renforcement de la performance financière opérationnelle, la sécurisation et la gestion optimale des actifs stratégiques de l’entreprise. A cela s’ajoutent d’autres exigences, à savoir : l’instauration d’une gouvernance exemplaire basée sur le respect strict de la séparation entre le rôle du Conseil d’administration et la Direction générale, la mise en place des procédures de contrôle interne solides, le renforcement de la transparence dans la gestion des contrats de partenariat et de flux financiers de manière à atteindre les objectifs que l’entreprise s’est assignés.

C’est cette rigueur dans la gestion qui fera de la Gécamines une entreprise moderne, compétitive et capable de s’imposer dans un environnement international marqué par une forte concurrence et une exigence accrue en matière de responsabilité environnementale et sociale.

Le nouveau management de la Gécamines
Le nouveau management de la Gécamines

Etat des lieux : partir de zéro tonne de cuivre et de cobalt

Outre l’absence de l’outil de production, les états financiers de la société sont au rouge. Au titre de l’exercice 2024, le plus récent dont le bilan est disponible en attendant celui de 2025, la société a réalisé une perte de 23,9 millions USD. Le résultat financier a diminué du fait de la faible distribution des dividendes dans les Joint-Ventures. Cette situation, associée à l’augmentation des charges observée en 2024, a entraîné ce résultat net déficitaire. En dépit de cette perte et d’autres indicateurs de nature financière et opérationnelle défavorables, la situation nette comptable de la société au 31 décembre 2024 demeure toutefois positive. Car, la Gécamines a enregistré plus d’un milliard de dollars de recettes en 2024, principalement issus de ses contrats de participation avec des partenaires privés. Ce chiffre confirme que l’entreprise détient encore un potentiel financier considérable, notamment en tant que détenteur de droits miniers sur des gisements de grande valeur.

Pour autant, les actifs de la société restent considérables. Au 31 décembre 2024, Gécamines disposait de 100 Permis d’Exploitation (PE), 9 Permis d’Exploitation des Rejets (PER), 8 Autorisations d’Exploitation des Carrières Permanentes (AECP) et 1 Autorisation de Recherche de Produits des Carrières (ARPC).

Dans l’objectif de redevenir un acteur majeur du secteur minier, le Comité Ngele devra nécessairement gérer judicieusement ces actifs et les capitaliser à bon escient. Sans nul doute, au terme de sa feuille de route en cours d’élaboration, il est impérieux que le nouveau staff dirigeant de la Gécamines envisage de financer son Plan de relance, soit en autofinancement ou en partenariat. L’enjeu est de reconstituer le patrimoine géologique de la société, base du développement des entreprises minières, d’améliorer ses coûts de production par la construction d’une usine moderne qui permettra de réduire progressivement le recours aux traitements à façon et l’abandon définitif de l’utilisation de ses usines vétustes et obsolètes.

En ce qui concerne le personnel, au moment actuel, la Gécamines connaît une carence de main d’œuvre. Le total des effectifs de GECAMINES SA, toutes catégories confondues, s’est situé, au 31 décembre 2024, à 5.779 agents contre 6.104 unités en 2023, représentant ainsi une baisse de 305 unités, d’une année à l’autre. Cette carence en personnel continue de se faire sentir dans plusieurs secteurs d’activités de la Société, en quantité et/ou en qualité. En ce qui concerne la qualité, la situation s’accentue avec la perte d’expertise, dans certains corps de métiers exigeant une haute technicité, suite aux sorties du personnel (principalement par retraite et décès) sans un transfert préalable, par faute de rajeunissement de la main d’œuvre par des embauches.

Pour une trajectoire ambitieuse de croissance

Dans un contexte international caractérisé par une demande croissante en cobalt et en cuivre, notamment pour la transition énergétique et l’industrie des batteries, la Gécamines doit affiner ses stratégies pour tirer son épingle du jeu. Conscient de cette donne, le PCA Ngele Masudi soulignait, à sa prise de fonction, que deux préalables s’imposent à la Gécamines : la relance des activités de prospection géologique afin de constituer des nouvelles réserves certifiées et l’acquisition de l’outil de production.

Le PCA Ngele Masudi n’aura donc pas d’autres choix que d’inscrire la GECAMINES dans une dynamique de croissance ambitieuse, fondée sur une stratégie intégrée et durable autour de toutes les phases d’exploitation partant de l’extraction à la transformation en passant par la valorisation des ressources minérales, notamment le cuivre et le cobalt. Dans un contexte de transition énergétique mondiale et de demande croissante en métaux stratégiques, la GECAMINES Newlook devra poser des jalons solides pour capitaliser sur plusieurs axes majeurs afin de retrouver et asseoir confortablement sa position sur le marché des métaux. Et dans le cadre de la continuité de la gestion, il serait judicieux que le Comité Ngele s’approprie certains projets laissés en jachère par l’ancienne équipe de Guy Robert Lukama.

Dans cette vision, l’intensification de la prospection géologique constitue la pierre angulaire du développement à long terme. Dès lors, il faudra investir massivement dans des campagnes d’exploration géologique avancées afin d’identifier de nouveaux gisements de cuivre à fort potentiel. Ces activités peuvent se faire à la fois sur ses permis actuels et dans des zones adjacentes jugées prometteuses. L’objectif étant de renouveler continuellement les réserves exploitables tout en renforçant la maîtrise du sous-sol, avec comme premier palier de cette campagne, la mise à jour de 17 millions de tonnes de cuivre et 2 millions de tonnes de cobalt pour un niveau d’investissement de 465 millions USD, selon un plan laissé par le Comité sortant.

Une autre action indispensable dans la relance de la Gécamines, c’est la construction d’usines de production des métaux. Jusqu’il y a peu, avec l’arrêt de son usine de Shituru pour cause d’obsolescence, la Gécamines a multiplié le recours aux traitements à façon. Ce qui est à proscrire désormais. Le Comité Ngele devra inscrire dans sa feuille de route la construction et l’acquisition de plusieurs unités de production de cuivre et de cobalt. Ces infrastructures permettront, par les procédés métallurgiques modernes, de transformer le minerai brut en cathodes directement commercialisables sur les marchés internationaux. Ceci devra impliquer directement des opportunités en matière d’emplois et de transfert de compétences au niveau local.

De même, le nouveau staff ne doit pas lésiner sur les moyens pour diversifier ses activités industrielles. Sous cet aspect, l’acquisition stratégique d’usines de transformation de métaux non ferreux serait un atout considérable. Ceci va sécuriser les débouchés de sa production, tout en développant ou en intégrant une chaîne de valeur complète allant de l’extraction à la fabrication des produits semi-finis (tubes, câbles, alliages, etc.). Ces acquisitions permettront également à la Société de pénétrer de nouveaux segments de marché à forte valeur ajoutée afin d’accroître ses revenus d’exploitation.

Dans cette optique, il sera nécessaire de reprendre le projet, laissé par les prédécesseurs, de construction d’une usine de production de fils et câbles électriques et différents profilés en cuivre et, en option en aluminium, d’une capacité annuelle de 10.000 tonnes. Cette usine devrait être implantée à Likasi dans l’enceinte des usines de Shituru. Dans le cadre de cette intégration, il était aussi prévu de procéder, à partir de l’hydroxyde de cobalt, à la production des sels de cobalt précurseurs dans la production de batteries. Comme la GECAMINES compte plusieurs Joint-Ventures sur ses titres miniers, ceci lui donne un très grand potentiel pour alimenter et sécuriser ces projets de transformation.

Une vision stratégique

Forte des opportunités offertes par d’autres métaux stratégiques comme l’étain, le tungstène, le nickel, le lithium ou encore les terres rares, la GECAMINES ne peut pas ne pas penser à l’extension de ses activités de prospection vers de nouvelles zones géographiques, notamment dans la zone étain. Une telle diversification répond à la nécessité de soutenir l’essor des technologies vertes (véhicules électriques, batteries, énergies renouvelables) et d’assurer une meilleure résilience face aux fluctuations du marché du cuivre.

Tout aussi, face au boom de l’exploitation dans l’hinterland minier du Grand Katanga, les besoins en électricité ont-ils largement dépassé la capacité de fourniture d’énergie électrique entraînant une dépendance vis-à-vis des énergies importées, coûteuses et instables. Le projet de production d’énergie électrique par une centrale thermique avec le charbon de Luena constitue une solution à court terme, peu coûteuse et rapide à déployer, pour soutenir cette croissance économique. Ce projet est une étape transitoire qui s’accompagnera de technologies de capture et de stockage du dioxyde de carbone (CO₂), et d’améliorations d’efficacité, dans une optique de réduction d’impact environnemental.

Avec une telle vision stratégique, la GECAMINES peut redevenir un acteur minier majeur, intégré et compétitif, capable de répondre aux enjeux économiques, industriels et environnementaux du 21è siècle. En misant sur la prospection, l’industrialisation et la diversification, l’entreprise devra se positionner pour jouer un rôle clé dans l’approvisionnement mondial en métaux critiques.

Le Think thank congolais « Congo Challenge » écrivait dans une de ses publications : « Si la Gécamines veut redevenir un acteur central de la chaîne de valeur minière en RDC, une réforme profonde s’impose — reposant sur la révision de sa gouvernance, la redéfinition de son modèle économique, et l’ancrage d’une culture de performance et de redevabilité. Sans cela, elle risque de s’enliser définitivement dans un cycle de sous-performance, malgré les ressources colossales dont elle dispose ».

Amédée Mwarabu

By amedee

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