Manifeste pour une doctrine géoéconomique de la République démocratique du Congo au XXIᵉ siècle
PAR JOSE M. BAKIMA
Préambule
L’humanité est entrée dans un changement d’époque.
Les transformations en cours ne se limitent ni aux progrès technologiques, ni aux rivalités géopolitiques, ni aux mutations économiques. Elles traduisent une recomposition profonde des conditions de la puissance, de la richesse et de la souveraineté.
Pendant deux siècles, les nations ont principalement mesuré leur puissance à l’étendue de leurs territoires, à leur capacité industrielle, à leurs armées ou à leur produit intérieur brut.
Le XXIᵉ siècle inaugure une autre réalité.
La puissance se construit désormais autour de la maîtrise des conditions qui rendent possible la vie économique, scientifique et civilisationnelle : les minerais critiques, l’eau douce, les grands bassins forestiers, la biodiversité, les capacités énergétiques, les infrastructures numériques, les données, les connaissances et l’intelligence artificielle.
Dans cette nouvelle géographie mondiale, le Congo occupe une place exceptionnelle.
Cette situation lui impose une responsabilité historique.
Il ne peut plus penser son avenir avec les catégories héritées du siècle précédent.
Il doit élaborer une doctrine adaptée au monde qui émerge.
- Le changement d’époque
Le monde n’entre pas dans une simple transition économique.
Il change de civilisation.
Les anciennes catégories de développement demeurent nécessaires, mais elles deviennent insuffisantes.
L’économie, l’écologie, la technologie, la finance, la sécurité alimentaire, la souveraineté numérique et les équilibres climatiques constituent désormais un système unique.
Penser séparément ces réalités revient à gouverner le XXIᵉ siècle avec les concepts du XXᵉ.
- Le Congo au centre de la nouvelle géographie mondiale
Le Congo n’est plus seulement un État parmi d’autres.
Il est l’un des territoires où se rencontrent plusieurs des ressources les plus déterminantes de ce siècle :
- les minerais critiques ;
- les réserves hydriques ;
- le potentiel hydroélectrique ;
- le bassin forestier du Congo ;
- une biodiversité exceptionnelle ;
- une population jeune.
Ces richesses constituent un avantage stratégique.
Elles représentent également une responsabilité.
III. De l’économie de rente à l’économie de transmission
L’histoire économique du Congo a trop souvent été celle de l’extraction.
Les richesses quittent le territoire sous forme de matières premières alors que demeurent :
- la pauvreté ;
- les fragilités institutionnelles ;
- les dépendances technologiques ;
- les conflits liés à la rente.
Ce modèle ne peut plus constituer un horizon national.
La véritable richesse n’est pas ce que l’on extrait.
La véritable richesse est ce que l’on transforme en capacité durable.
Une économie de transmission investit dans :
- l’éducation ;
- la recherche ;
- l’industrie ;
- l’agriculture ;
- les infrastructures ;
- les institutions ;
- la science ;
- les générations futures.
- Les biens communs de continuité
Le XXIᵉ siècle impose une nouvelle catégorie politique.
À côté de la propriété, de la souveraineté et du marché apparaît une quatrième catégorie :
les biens communs de continuité.
Ils comprennent notamment :
- les grands écosystèmes ;
- les ressources hydriques stratégiques ;
- les patrimoines biologiques ;
- les grands réservoirs de carbone ;
- les connaissances essentielles ;
- les capacités scientifiques.
Ils appartiennent pleinement à la Nation.
Mais leur gestion engage également une responsabilité envers les générations futures.
Cette responsabilité ne diminue pas la souveraineté.
Elle lui donne une profondeur historique.
- Une nouvelle souveraineté
La souveraineté du XXIᵉ siècle ne peut plus être exclusivement territoriale.
Elle doit devenir :
- alimentaire ;
- scientifique ;
- énergétique ;
- technologique ;
- financière ;
- écologique ;
- culturelle.
Une nation qui dépend entièrement des autres dans ces domaines demeure vulnérable, même si son territoire est immense.
- La civilisation de la continuité
Le véritable défi du Congo n’est pas seulement de produire davantage.
Il est de transmettre davantage.
La mission fondamentale de l’État consiste désormais à préserver les continuités qui rendent possible la prospérité nationale.
Continuité des sols.
Continuité des eaux.
Continuité des forêts.
Continuité des connaissances.
Continuité des institutions.
Continuité des communautés.
Continuité entre les générations.
Une civilisation se reconnaît à sa capacité de transmettre ce qu’elle a reçu en l’enrichissant.
VII. Une responsabilité africaine et mondiale
Le destin du Congo ne concerne pas uniquement les Congolais.
Le bassin du Congo constitue l’un des grands équilibres écologiques de la planète.
Sa préservation participe à l’avenir de l’humanité.
Mais cette réalité ne saurait justifier une remise en cause de la souveraineté nationale.
Elle appelle au contraire une coopération fondée sur la réciprocité, le respect et la justice.
Le Congo n’est pas un patrimoine administré par le monde.
Il est une Nation souveraine qui contribue à préserver un patrimoine essentiel pour le monde.
VIII. Les dix engagements d’une République de la continuité
La République démocratique du Congo devrait orienter son développement autour de dix engagements:
Transformer les ressources naturelles en capital scientifique, industriel et humain.
Faire de l’éducation et de la recherche les premières richesses nationales.
Garantir la souveraineté alimentaire.
Développer une industrie de transformation à forte valeur ajoutée.
Préserver durablement les grands écosystèmes.
Investir dans les technologies stratégiques du XXIᵉ siècle.
Renforcer la qualité et l’indépendance des institutions.
Préparer chaque décision publique à l’aune de son impact sur les générations futures.
Construire une diplomatie fondée sur la coopération et la responsabilité civilisationnelle.
Faire du Congo une référence mondiale de la civilisation de la continuité.
Conclusion
Le XXIᵉ siècle ne consacrera pas les nations qui possèdent le plus de ressources.
Il consacrera celles qui sauront transformer leurs ressources en civilisation, leur souveraineté en responsabilité et leur héritage en continuité.
Le Congo possède aujourd’hui une occasion rare dans l’histoire des nations.
Il peut demeurer un territoire où s’affrontent les intérêts des autres.
Ou devenir l’un des premiers États à faire de la continuité du vivant, de la transmission des richesses et de la responsabilité envers les générations futures le cœur de son projet national.
Le choix appartient aux dirigeants d’aujourd’hui.
L’héritage appartiendra aux générations de demain.

