José BakimaJosé Bakima

 « Un territoire n’est pas seulement une surface à défendre. Il est une mémoire à protéger, une communauté à relier et un avenir à construire. »

PAR JOSE M. BAKIMA DMV ; MSc, PhD

  1. La question invisible derrière la question congolaise

Les crises politiques sont souvent analysées à travers des catégories immédiates :

  • guerre ;
  • élections ;
  • accords diplomatiques ;
  • ressources naturelles ;
  • alliances internationales.

Ces dimensions sont réelles.

Mais elles ne suffisent pas toujours à comprendre la profondeur d’une crise.

Le Continuisme propose une autre interrogation : Quelles continuités sont menacées ?

Car une société ne se fragilise pas seulement lorsque ses institutions échouent.

Elle se fragilise lorsque les liens fondamentaux qui relient son passé, son présent et son avenir deviennent incertains.

  1. L’État et la civilisation : deux réalités différentes

L’une des erreurs fréquentes de l’analyse politique moderne consiste à confondre État et civilisation.

L’État est une organisation juridique et administrative.

Il possède :

  • un territoire reconnu ;
  • des institutions ;
  • des frontières ;
  • une souveraineté formelle.

La civilisation est une réalité plus profonde.

Elle comprend :

  • des mémoires ;
  • des langues ;
  • des symboles ;
  • des rapports au temps ;
  • des manières d’habiter le monde.

Un État peut être fragile alors qu’une civilisation demeure vivante.

Mais une civilisation peut aussi être affaiblie lorsque l’État qui devrait protéger son espace de transmission devient incapable d’assurer cette fonction.

III. La RDC : le paradoxe d’un espace immense

La République démocratique du Congo possède une caractéristique particulière.

Elle dispose d’un territoire immense, d’une position géographique centrale en Afrique et de ressources naturelles considérables.

Mais cette richesse coexiste avec une fragilité institutionnelle historique.

Le paradoxe est le suivant : un espace géographiquement vaste ne devient pas automatiquement un espace politiquement intégré.

La continuité territoriale exige davantage que des frontières.

Elle exige :

  • des infrastructures ;
  • une économie intégrée ;
  • une mémoire nationale partagée ;
  • une présence institutionnelle ;
  • une capacité de défense ;
  • un projet collectif.
  1. Le territoire comme continuité vivante

Dans une conception purement administrative, perdre le contrôle d’une région signifie perdre une partie de l’autorité de l’État.

Dans une conception continuiste, l’enjeu est plus profond.

Un territoire est un tissu de relations.

Il contient :

  • des générations ;
  • des histoires ;
  • des pratiques économiques ;
  • des identités locales ;
  • des liens culturels.

Lorsque ces relations sont durablement désorganisées par la violence, les déplacements ou l’instabilité, c’est une continuité sociale qui est atteinte.

  1. Les ressources : richesse ou vulnérabilité ?

La question des minerais stratégiques illustre un paradoxe mondial.

Une ressource peut renforcer la souveraineté d’un pays.

Mais elle peut aussi attirer des compétitions qui dépassent les capacités institutionnelles locales.

La question fondamentale n’est donc pas seulement : Quelle quantité de ressources possède un pays ?

Elle est : Quelle capacité possède-t-il pour transformer ces ressources en puissance collective durable ?

Une ressource non maîtrisée peut devenir une dépendance.

Une ressource maîtrisée peut devenir un instrument de renaissance.

  1. La paix : absence de guerre ou restauration de continuité ?

La diplomatie internationale recherche souvent la cessation des hostilités.

C’est indispensable.

Mais la paix véritable possède une dimension plus large.

Elle suppose la restauration :

  • de la sécurité ;
  • de la confiance ;
  • des institutions ;
  • de l’économie locale ;
  • de la transmission entre générations.

Une paix qui ne restaure pas les continuités fondamentales risque de rester fragile.

VII. La Constitution comme acte de souveraineté

Une Constitution n’est pas seulement un mécanisme juridique.

Elle est une réponse collective à une question fondamentale :

Quelle communauté voulons-nous devenir ?

Elle organise le pouvoir, mais elle exprime aussi une vision de l’avenir.

Dans une perspective continuiste, toute réforme constitutionnelle devrait répondre à une exigence : renforce-t-elle la capacité du peuple à décider de son propre devenir ?

Une Constitution vivante doit pouvoir évoluer.

Mais elle doit évoluer à partir d’une dynamique interne de la société qu’elle organise.

VIII. La renaissance congolaise : une question de continuité

La renaissance d’un pays ne commence pas uniquement par la croissance économique.

Elle commence par la capacité collective à produire :

  • un récit historique ;
  • une confiance partagée ;
  • une vision du futur ;
  • des institutions adaptées ;
  • une transmission éducative.

La puissance matérielle vient souvent après la reconstruction de cette confiance fondamentale.

  1. Le principe continuiste appliqué à la RDC

Nous pouvons formuler une proposition :

La souveraineté véritable d’un État ne réside pas seulement dans le contrôle de son territoire, mais dans sa capacité à maintenir les continuités humaines, culturelles, économiques et institutionnelles qui donnent sens à ce territoire.

Conclusion

La question congolaise ne peut être réduite à une compétition entre acteurs militaires ou diplomatiques.

Elle pose une question plus profonde : Quel type de continuité politique et civilisationnelle veut porter la RDC au XXIᵉ siècle ?

L’enjeu ultime n’est pas seulement de préserver un espace géographique.

Il est de construire un espace historique capable de transmettre, de créer et de contribuer au monde.

Le Dikenga nous rappelle une loi fondamentale :

Le passé n’est pas derrière nous.

Il demeure dans le présent comme une force.

Mais cette force ne devient avenir que lorsqu’une génération accepte la responsabilité de la transformer.

La souveraineté commence lorsque le temps d’un peuple lui appartient à nouveau.

 

 

 

By amedee

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