Professeure Madeleine Mbongo MpasiProfesseure Madeleine Mbongo Mpasi

Le Mundial 2026 n’aura été qu’un feu de paille. Le dimanche19 juillet, en moins de 2 heures, la passion sera retombée. Le communicologue, lui, va cependant poursuivre l’écriture du récit de l’histoire du monde. Car, les inédits du Mundial tissent notre vie à notre insu depuis la Campeneonato Mundial de Futbol de 1930.

Après la finale au New York New Jersey Stadium, les 48 nations invitées à la fête de 2026 ne se rendront pas compte du privilège manqué en 1930 par l’Espagne, l’Angleterre et l’Italie. Ces 3 sélections ont boycotté le tournoi, à cause des trop longues et coûteuses deux semaines de traversée de l’océan Atlantique, rien que par paquebot. Et les journalistes des compétiteurs Belges, Français, Roumains et Yougoslaves n’ont pas été favorisés, non plus. Ils ne pouvaient transmettre leurs articles et dépêches que par télégraphe, à la fin de chaque mi-temps.

Ainsi, le plaisir de regarder plus de minutes de football revenait, des semaines plus tard, à ceux qui pouvaient se rendre dans les salles de cinéma. Pourtant, un  siècle plus tard, 1,5 milliards de téléspectateurs sont attendus dimanche prochain, sur tous les 5 continents, avec des images diffusées en direct par des centaines de chaines TV.

Surtout, tous ces hôtes à la fête du sport partageront les mêmes valeurs, non pas seulement à partir des règles du football, mais également sur la base d’un contrat moral, impensé et bien intériorisé. Très lointain et totalement inimaginable restera donc le jour de la finale de 1930 au Stade Centenario de Monteviseo. Ce 30 juillet, l’arbittre belge John Langenus fut amené à trancher une dispute cocasse entre les deux équipes tenant chacun à jouer avec son ballon. Ce juge du jeu décida alors l’usage de deux ballons, celui de l’Argentine à la 1ère période et à la seconde celui de l’Uruguay.

Le monde : une tribu sauvage

Cet incident de deux ballons n’est point anodin. En effet, si la langue espagnole a rendu si agréable le prononcé du mot « Mundial », l’on ne peut oublier que la « mondialisation » a été pensée comme nuisible. Pour Marshall McLuhan, dans son livre « The Gutenberg Galaxy » (1962), la « mondialisation » ne devait pas à envisager comme survenant sur un terrain irénique, donc pacifié. Au contraire, dans sa grande interview livrée le 18 septembre 1977 sur une chaine anglophone canadienne, peu avant son décès en 1980, ce penseur avait précisé que le « village global » n’a pu être recréé qu’à cause de la vélocité caractérisant la diffusion des technologies de communication.

Dès lors, ces outils sont à redouter parce qu’ayant forgé un lieu de « maximum de désaccord sur tous les sujets ». Car, informé sans délai des affaires de l’autre, « tout le monde va se mêler des affaires de tout le monde ». La « retribalisation » du monde par les médias matérialise donc davantage le retour de la barbarie. Et McLuhan ajoute avec plein de regret et franchise : « la principale activité sportive des peuples tribaux, c’est s’entre-égorger. C’est un sport à plein temps dans les sociétés tribales ».

Cela étant, c’est plutôt l’économiste américain Theodore Levitt qui vint à utiliser en 1983 le terme de « globalization », traduit en français par « mondialisation ». C’est précisément au moment où, depuis le milieu des années 1970, les tenants du néolibéralisme mettent en œuvre une doctrine économique faite de circulation massive des capitaux et d’une division internationale du travail industriel, mettant en association d’intérêt les capitalistes du monde dit libre. Sont alors au pouvoir Margaret Thatcher (UK), Ronald Reagan (Usa) et Yasuhiro Nakasone (Japon).

L’on noter ensuite que, sur le plan technologique, c’est l’avènement d’un produit emblématique de la globalisation de l’industrie : le walkman de Sony. Lancé en 1979, ce baladeur s’est hissé au sommet de la société mondiale dans les années 1980-83. Il symbolise la nouvelle culture ; il conjugue sur le plan comportemental le retranchement de l’individu dans sa bulle, tout en s’éclatant à l’aise dans les espaces offerts par la mobilité urbaine.

Et c’est le Mundial 82 en Espagne qui a servi de vitrine à ce gadget high tech. Le jeune prodige argentin de 21 ans, Diego Maradona, ainsi que les talentueux Zico du Brésil et Platini de la France sont vus avec partout avec des walkmans collés à leurs oreilles. Le dispositif sert à mieux gérer leur stress, à créer la distance avec les importuns journalistes et à augmenter leur charisme. C’est un nouveau look qui entre dans la mode.

Espana 82

Le Mundial Espana 82 fut alors un spectacle complet. Tant sur le plan sportif que commercial. Et les hommes lettrés ne se mirent guère en marge de ce courant si planétaire. Juste deux ans après le Mundial, le Dictionnaire Larousse consacrait un nouveau mot : Mundial.

Il représente en extension le mise en scène universelle d’un imaginaire de parfaite dramaturgie. Ce jour notamment, trois pays sont impliqués en 2026, mais en 2030 trois continents seront mis en service : l’Europe (Espagne et Portugal), l’Afrique (Maroc) ainsi que l’Amérique latine, pour le centenaire du Mundial en Uruguay. Le Mundial ne se cesse de s’étendre, on le voit.

Alors, probablement, nous ne regarderons pas le Mundial 2030 en collectif dans nos bistrots du coin de la rue. Probablement à des endroits inédits, peut-être des jardins intimes. Car, les équipementiers annoncent déjà pour bientôt des TV avec écrans enroulables, où les télécommandes auront disparu. Le Mundial n’est donc plus une simple série de matches de football. Il est devenu pour chacun, à l’échelle de l’univers, un circuit de communication qui s’est déjà infiltré dans le quotidien de la sagesse de nos vies, simultanément sur tous les continents, pour toutes les races et toutes les langues.

MMM

 

 

By amedee

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *