PAR JOSE M. BAKIMA DMV, MSc, PhD

Depuis plusieurs années, un débat oppose économistes et géopoliticiens. Les uns voient dans la Chine le principal moteur du développement africain. Les autres l’accusent d’avoir accéléré la désindustrialisation du continent en inondant les marchés de produits manufacturés. Ce débat, aussi passionnant soit-il, risque cependant de manquer l’essentiel.

La véritable question n’est pas : la Chine est-elle bénéfique ou nuisible à l’Afrique ?

La véritable question est : pourquoi l’Afrique demeure-t-elle si vulnérable aux stratégies économiques des grandes puissances, quelles qu’elles soient ?

Hier, c’était l’Europe.

Ensuite, les États-Unis.

Aujourd’hui, la Chine.

Demain, ce sera peut-être l’Inde, la Turquie ou une autre puissance émergente.

 

Le problème n’est donc pas le changement de partenaire. Le problème est plus profond. Il réside dans l’interruption des continuités qui permettent à une économie de produire, d’innover et de se renouveler par elle-même.

 

L’industrialisation ne consiste pas simplement à construire des usines.

Une véritable industrialisation suppose un tissu vivant où se renforcent mutuellement les universités, les centres de recherche, les écoles techniques, les entreprises locales, les infrastructures, les institutions financières, les fournisseurs nationaux et les capacités d’innovation. Lorsqu’un seul de ces maillons manque, toute la chaîne devient dépendante.

 

La République démocratique du Congo illustre parfaitement ce paradoxe. Le pays possède des ressources minérales parmi les plus stratégiques du monde : cuivre, cobalt, lithium, manganèse et bien d’autres. Pourtant, il exporte encore essentiellement des matières premières et importe une grande partie des produits manufacturés qu’il consomme.

Cette situation n’est pas seulement une faiblesse économique. Elle traduit une rupture de continuité industrielle.

On extrait.

On exporte.

On transforme ailleurs.

Puis on réimporte.

La valeur ajoutée quitte le territoire, tandis que les compétences industrielles, les technologies et les capacités d’innovation se développent ailleurs.

Cette logique ne peut conduire qu’à une souveraineté incomplète.

 

L’avenir de l’Afrique ne dépendra donc pas principalement du volume des investissements étrangers. Il dépendra de sa capacité à reconstruire ses propres continuités productives.

Celles-ci comprennent la formation des ingénieurs, le soutien à la recherche, la valorisation locale des ressources, le développement d’entreprises nationales, l’innovation technologique, le recyclage des matières, la maîtrise des chaînes de valeur et la transmission des savoir-faire entre générations.

 

En réalité, une économie ressemble davantage à un organisme vivant qu’à une simple machine.

Un organisme ne survit pas parce qu’il possède momentanément beaucoup d’énergie.

Il survit parce qu’il est capable de renouveler en permanence son métabolisme.

Il en va de même pour une nation.

 

Une économie véritablement souveraine n’est pas celle qui produit le plus aujourd’hui.

C’est celle qui sait reproduire durablement les conditions de sa propre production demain.

C’est pourquoi le XXIᵉ siècle ne sera pas seulement celui de la compétition entre les États-Unis, la Chine ou les BRICS.

Il sera celui des civilisations capables d’organiser la continuité de leurs connaissances, de leurs industries, de leurs institutions et de leurs ressources.

 

L’Afrique possède toutes les conditions naturelles pour participer à cette nouvelle étape de l’histoire.

Il lui reste à reconstruire ce qui constitue la véritable richesse des peuples : leurs continuités productives.

Le développement durable ne naît pas de la dépendance.

Il naît de la continuité.

Et c’est peut-être là le véritable défi africain du XXIᵉ siècle.

 

By amedee

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