Kinshasa continue d’imposer son rythme au marché national des télécoms. Avec 18,82 millions d’abonnements mobiles enregistrés au dernier trimestre de l’année 2025, la capitale domine largement le paysage, tout en concentrant le plus grand nombre d’utilisateurs d’Internet mobile (9,74 millions) et de monnaie mobile (7,46 millions).
Cette suprématie s’explique par une densité urbaine exceptionnelle et une adoption rapide des services numériques. La ville représente à elle seule un quart de l’activité nationale et génère près de 34 % du chiffre d’affaires du secteur. Avec un taux de pénétration de 135 %, Kinshasa a dépassé depuis longtemps le seuil de saturation, mais la croissance se poursuit grâce à l’usage généralisé de multiples cartes SIM par consommateur, confirmant son statut de marché à part.
Plus au Sud, le Haut‑Katanga et le Lualaba affichent des performances tout aussi impressionnantes, mais pour des raisons différentes. Leurs taux de pénétration mobile (163 %) et Internet (151 %) dépassent même ceux de la capitale. Dans ces provinces minières, l’usage de plusieurs cartes SIM par personne est particulièrement élevé, reflet d’une activité économique intense et d’un besoin accru de connectivité, malgré une population moins dense.
À l’Est, le Nord‑Kivu et le Sud‑Kivu présentent un profil distinct. La région se classe troisième en termes d’abonnements et de revenus, mais se démarque surtout par des revenus SMS élevés, signe d’une préférence persistante pour les services de messagerie traditionnelle. Une singularité qui traduit des habitudes de communication encore bien ancrées, malgré la montée en puissance du data.
La surprise vient du Nord, où le Haut‑Uele affiche des indicateurs proches des provinces les plus performantes. Avec un taux de pénétration de 117 % et des niveaux d’ARPU voix et data particulièrement élevés, la province bénéficie clairement de l’essor récent de l’industrie aurifère, qui stimule la demande en services télécoms.
À l’inverse, le Bas‑Uele se situe en queue de classement, avec les indicateurs les plus faibles du pays. Certaines provinces émergent néanmoins comme de nouveaux pôles de croissance. Le Haut‑Uele, la Tshopo, le Kwilu et le Kasaï Oriental enregistrent des revenus globaux compris entre 9 et 19 millions USD, témoignant d’un potentiel en pleine montée.
À l’opposé, les provinces moins peuplées comme le Bas‑Uele, le Nord‑Ubangi ou la Mongala ou le restent en retrait, avec des revenus oscillants entre 903 000 et 1,8 million USD, freinées par une faible densité de population et un accès limité aux infrastructures.
L’ensemble dessine un marché télécom à plusieurs vitesses, où coexistent saturation urbaine, dynamisme minier, résilience des usages traditionnels et zones encore en marge de la révolution numérique. Une mosaïque de réalités qui reflète la diversité économique du pays et souligne la nécessité d’approches différenciées pour accompagner l’essor du numérique sur tout le territoire.


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