À partir du 9 avril 2027, les transactions en espèces en monnaies étrangères seront interdites sur le territoire national de la République démocratique du Congo, toutes les opérations devant être réalisées par voie scripturale. En parallèle, la Banque centrale du Congo détiendra désormais l’exclusivité de l’importation physique des billets de banque en devises étrangères. Ce sont là certaines décisions prises par le Comité de Politique monétaire de la Banque centrale du Congo à l’issue de sa réunion du 9 avril 2026.
Dans les couloirs de la BCC l’on estime que ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large de dédollarisation progressive et de formalisation financière de l’économie. Cependant, estime le Think Thank congolais « Congo Challenge », dans les économies fortement dollarisées, la coexistence de plusieurs monnaies réduit significativement l’autonomie monétaire des banques centrales et accroît la vulnérabilité du système financier aux chocs de change. La dollarisation tend également à limiter l’efficacité des politiques de stabilisation macroéconomique, puisque les autorités monétaires ne contrôlent qu’une partie réduite de la masse monétaire effectivement utilisée dans l’économie.
De l’avis de centre des recherches, les expériences internationales montrent que les politiques de dédollarisation administratives « produisent souvent des résultats mitigés lorsqu’elles ne s’accompagnent pas d’une amélioration durable de la crédibilité macroéconomique ». Dans plusieurs économies en développement, les agents économiques continuent de privilégier les devises étrangères après des épisodes d’instabilité monétaire, même lorsque les fondamentaux s’améliorent. Ce phénomène s’explique par la mémoire inflationniste et par la préférence des agents pour des actifs jugés plus stables, explique Congo Challenge.
« Dans le cas congolais, la réussite de cette stratégie dépendra donc moins de l’interdiction du cash en devises elle-même que de la capacité des autorités à maintenir durablement la stabilité du franc congolais. Une inflation faible, des réserves de change solides et une discipline budgétaire cohérente demeurent les principaux déterminants de la confiance dans la monnaie nationale. À défaut, le risque existe de voir se développer davantage de circuits parallèles et informels de transactions en devises », estime ce Think Thank congolais.
Dans son communiqué, la BCC mettait également en évidence une autre orientation stratégique importante : l’accumulation d’or brut artisanal par la Banque centrale dans le cadre de son partenariat avec DRC Gold Trading. Cette stratégie vise à diversifier les réserves internationales et à réduire la dépendance vis-à-vis des actifs libellés en devises étrangères. Pour autant, dans un contexte mondial marqué par l’incertitude géopolitique et la volatilité financière, Congo Challenge est d’accord que l’or constitue un actif de réserve stratégique susceptible de renforcer la résilience externe de la RDC.
En somme, les mesures annoncées par la Banque centrale traduisent une tentative de transition vers un cadre macroéconomique plus crédible et plus cohérent, fondé sur une meilleure gestion de la liquidité, un contrôle renforcé des flux financiers et une restauration progressive du rôle de la monnaie nationale. Toutefois, estime Congo Challenge, les contraintes structurelles de l’économie congolaise — faible profondeur financière, informalité élevée, dépendance aux matières premières et forte dollarisation—, limitent encore l’efficacité des instruments monétaires classiques.
Pour ce Think Thank, à moyen terme, la réussite de cette stratégie dépendra fortement de la coordination entre politique monétaire et politique budgétaire. Dans les économies en développement, les épisodes de stabilisation monétaire échouent fréquemment lorsque les déficits publics demeurent élevés ou lorsque le financement monétaire des dépenses publiques persiste. La crédibilité de la Banque centrale repose donc également sur la discipline budgétaire globale de l’État.
Par ailleurs, la modernisation du système monétaire nécessitera un approfondissement du secteur financier, une amélioration de l’inclusion bancaire et un développement accéléré des infrastructures numériques de paiement. « Sans cette transformation structurelle, la réduction du cash en devises pourrait simplement déplacer une partie des transactions vers l’informalité plutôt que renforcer réellement l’intermédiation financière », pense Congo Challenge.
Enfin, les décisions du CPM traduisent une évolution importante de la gouvernance monétaire en RDC, avec une approche davantage orientée vers l’ancrage des anticipations, la stabilité macroéconomique et la résilience financière. Pourvue que cette trajectoire soit maintenue dans la durée. Alors, dans ce cas elle pourrait progressivement renforcer la crédibilité de la politique monétaire congolaise et améliorer la capacité de l’économie à absorber les chocs externes.
Amédée Mwarabu

