Le Gouverneur de la Banque centrale du Congo est resté droit dans ses bottes soutenant avec fermeté toutes ses actions engagées depuis qu’il est à tête de l’Institut d’émission. André Wameso croit dur comme fer que l’appréciation du franc congolais a impacté positivement le pouvoir d’achat des ménages congolais. De même, il croit au succès du processus de dédollarisation qu’il vient d’enclencher. Bien plus, il voit des perspectives économiques positives, s’appuyant sur les indicateurs macroéconomiques actuels de la République démocratique du Congo.
Le Spécial Briefing Presse de mercredi 28 avril 2026 a été consacré au Gouverneur de la Banque Centrale du Congo, André Wameso, venu échanger avec les médias sur la thématique « Mise en œuvre de la politique monétaire en RDC : enjeux, évolutions et perspectives ».
Dans son mot liminaire, André Wameso a soutenu la levée par le gouvernement de 1,25 milliard USD au moyen des eurobonds sur le marché financier international. « Je tiens à féliciter le ministre des Finances pour sa ténacité dans cet eurobond. Je l’ai personnellement soutenu dans ses efforts d’aller à l’international pour émettre cette première obligation de l’Etat congolais. Pour moi, ce n’est pas tant le fait qu’on ait levé 1,25 milliard USD ou encore moins le taux d’intérêt mais c’est plutôt la marque de confiance du marché international. Il y a une règle d’or sur le marché financier qui dit : « les marchés ne se trompent jamais ». Ici, on peut voir que le marché financier se projette avec la République démocratique du Congo sur 5 ans, sur 10 ans. C’est un message fort de confiance en la stabilité et aux efforts qui sont déployés sous le leadership du président de la République pour améliorer le cadre macroéconomique. Les marchés financiers ne voient pas des perturbations dans les 10 ans qui viennent. Ça devrait nous interpeller. Au niveau national, il y a des émissions obligataires du ministère des Finances mais nous n’avons pas dépassé les deux ans de maturité. Ici, les marchés internationaux sont prêts à prêter à la RDC pour cinq ans et dix ans. C’est le grand message qui a été lancé à mes yeux » », a-t-il indiqué en prélude de cette conférence de presse.
Parlant des agrégats du cadre macroéconomique, André Wameso a soutenu que la situation économique de la RDC est bonne. « La situation économique de la République démocratique du Congo (RDC) est bonne. Nous avons une croissance soutenue de 5,8% pour l’année 2025 et on projette l’année 2026 à 6,2%. Nous avons une inflation qui est maîtrisée. Nous avons un taux d’inflation en glissement annuel de 2,36%. Nous avons des réserves internationales conséquentes à 7,7 milliards USD. Nous avons des Bons BCC de maturité de plus en plus longue. Et cela se traduit par une confiance de plus en plus des opérateurs économiques. Si on voit la courbe de confiance des opérateurs économiques, elle est en croissance mois après mois. Et ça se traduit également par des dépôts au niveau des banques commerciales qui s’accélèrent. Finalement, nous avons un taux de change qui reste stable. Depuis septembre et octobre de l’année 2025, depuis lors, nous avons un taux de change stable par rapport au dollar américain. Ce qui est de bonne augure pour notre économie », a-t-il déclaré.
Interrogé sur le comportement de la monnaie nationale sur le marché de change, le gouverneur de la Banque centrale se réjoui de la stabilité du franc congolais amorcé depuis septembre de l’année 2025. Ici, il a appelé les Congolais à privilégier leurs transactions en franc congolais pour bénéficier des avantages liés à cette appréciation.
« Ceux qui perçoivent leurs salaires ou leurs émoluments en franc congolais ont déjà constaté une nette amélioration de leur pouvoir d’achat. On me parle très souvent des biens et services, d’aucuns soutiennent que ça n’a pas évolué. Moi je regarde le taux d’inflation. Si on considère que pour un ménage les dépenses les plus importantes sont des dépenses liées au coût de logement. Pour des ménages qui gagnent en franc congolais, pour un même niveau de salaire, ils ont pu enregistrer une nette amélioration de leur revenu. Pour un couple des Congolais qui gagnaient 2 millions de francs congolais avant l’appréciation et qui devaient payer un loyer libellé en dollar de 200 USD. S’il payait avant l’appréciation un montant de 570.000 Francs congolais, aujourd’hui, à la faveur de l’appréciation, il paie, pour le même logement, un montant équivalent de 460.000 francs. Ce qui permet à ce ménage de dégager un montant de 140.000 francs de revenus supplémentaires par mois. Ce qui est assez considérable pour un ménage, puisque ça représente à peu près 15% des revenus pour cet exemple. Sur le prix de carburant, n’eut été cette appréciation du franc congolais qui a permis de réviser sensiblement le prix à la pompe, avec la crise actuelle nous aurions eu un litre de carburant dépassant les 3000 francs à la pompe. Alors que nous sommes aujourd’hui à 2600 francs le litre. Donc, déjà par rapport à cette appréciation, la population congolaise peut se dire que sa situation a changé. Mais, ce que nous voulons pardessus tout, c’est de préserver cette stabilité retrouvée, permettre à notre économie de pouvoir se projeter. Que quelqu’un qui décide de faire du commerce se dise que je vais acheter mes marchandises à un prix donné, je peux mettre une certaine marge et revendre avec une certaine marge de bénéfice, en ayant pas peur de voir une dépréciation venir me faire perdre tout le bénéfice engrangé. C’est dans cette stabilité retrouvée pour que nous voulons que notamment les commerçants puissent travailler sereinement avec la monnaie nationale », a expliqué André Wameso.
Pour André Wameso donc, il y a plus de bénéfice à travailler en franc qu’en dollars. « Ceux qui continuent de travailler en dollar trouvent que le prix ont augmenté alors que ceux qui font leur dépense en franc congolais, eux sont bénéficiaires. Dans un autre domaine, très peu des Congolais savent que si on épargne en franc congolais on reçoit plus de rendement que si on épargne en dollar. En réalité, c’est de pouvoir amener à la confiance. Cette confiance se construit petit à petit avec le temps. Au fil de temps, les gens vont se rendre compte qu’épargner en franc congolais non seulement permet de faire des économies mais renforce globalement notre situation économique ».

Sur la question de la dédollarisation, le gouverneur de la Banque centrale s’est montré également confiant en ses mesures, notamment celle de proscrire toutes les transactions en cash en dollar dès le 9 avril 2027. « Les transactions en dollars vont continuer à pouvoir s’effectuer. Il faut faire un distinguo entre faire les transactions en cash et dénouer ses transactions. Ça ne sera pas un délit que les gens puissent détenir les dollars. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas détenir les dollars au sein de notre économie. Si on pourra les détenir seulement quand on veut faire une transaction. Si vous avez des dollars, vous serez dans l’obligation de les convertir en franc congolais pour faire vos transactions. Sinon, vous prenez vos dollars, vous les versez dans votre compte en dollar. En ce moment-là, vous pouvez faire vos transactions soit par carte bancaire soit par virement. Il n’y aura pas d’interdiction de transactions en dollar. Il y aura seulement une obligation de réaliser ses transactions en dollar que par la monnaie scripturale, c’est-à-dire monnaie électronique, par digitalisation ou virement bancaire », a précisé André Wameso.
Par ailleurs, il est resté optimiste par rapport aux perspectives économiques en RDC. Pour sa part, il attend surveiller l’inflation sur le marché des biens et services. « La maitrise de l’inflation reste notre seule priorité », a-t-il insisté, nuançant tout de même que des chocs exogènes, liés aux crises internationales, pourraient impacter éventuellement le cadre macroéconomique de la RDC.
Amédée Mwarabu
